Un an de prison… avec sursis. C’est donc le prix de la vie d’un enfant. Pour un policier, du moins, car si l’individu avait été citoyen ordinaire, on l’imagine mal s’en sortir sans prison ferme, quand on voit ce que certains ont fait pour se retrouver en prison. Un an de prison avec sursis pour le meurtrier de ce garçon.

Et pourtant, on aura beau dire : Parler d’accident est un peu facile.
D’accord, d’accord, on imagine bien que ce policier n’a pas fait exprès de renverser et de tuer le jeune Nelson, 14 ans – puisque c’est de cela dont il s’agit.

Mais qu’on ne nous dise pas qu’il n’a pas fait exprès de rouler à 73km/h, en pleine agglomération, un après-midi, sans sirène, sur une route limitée à 50km/h, doublant des voitures à l’arrêt, passant sur un passage piéton, certains affirmant même : grillant un feu rouge. Et le tout, sans qu’aucune mission à caractère d’urgence ne vienne justifier ce comportement.

Qu’on ne nous dise pas non-plus qu’un conducteur, policier de surcroît, ignorait qu’une voiture peut tuer, et qu’une conduite irresponsable en pleine agglomération augmente gravement les risques.

A partir de là, je vois mal comment on peut lui trouver des excuses, et pour reprendre les propos d’un petit président qui nous avait fait sa campagne présidentielle sur le ton du « tolérance zéro », et du « les victimes avant tout », le fait d’être policier est une circonstance aggravante, et non pas une circonstance atténuante. Les victimes de cette affaire, avec ce jugement, apprécieront…

Il faut dire que ce policier y a échappé belle. Il n’a fait que tuer un enfant, en voiture de surcroît… Nul doute que pour tout un tas d’autres actes subis par le même enfant, ou commis par quelqu’un d’autre, la peine aurait été différente :

- Imaginons par exemple qu’un jeune banlieusard mineur, par rébellion, par bêtise ou pour se faire mousser auprès de ses copains, incendie un bus, sans vouloir tuer personne, mais que Nelson, malheureusement, n’arrive pas à s’échapper en même temps que les autres et se retrouve gravement brûlé, bien que survivant. On est dans le même cas : un acte qui n’a pas pour but de tuer, mais qui est irresponsable et dangereux. Nelson aurait survécu, toutefois, et l’auteur est mineur (et pas policier). Ce sont deux circonstances atténuantes.
Hébien dans une telle histoire, il aurait pris 9 ans de prison. Ferme.

- Imaginons par exemple qu’un prof de sport, visiblement attiré par les mineurs, ait des rapports sexuels avec certains de ses élèves, sans penser à mal, peut-être même sans faire vraiment de mal vu le soutien reçu de la part de certains élèves eux-même, mais peut-être blessant involontairement certains. Imaginons que parmi les enfants heurtés psychologiquement se trouvât Nelson. Même cas de figure : un comportement qui ne pense pas à mal, mais irresponsable au sens où il n’a pas mesuré les conséquences, et qui a finalement fait du mal à autrui. Nelson aurait toutefois largement survécu à l’événement. Mais l’auteur aurait pris 8 ans de prison. Ferme.

Deux crimes, deux actes irresponsables commis par des gens qui ne pensaient pas à mal, qui n’ont pas voulu tuer (et qui n’ont pas tué d’ailleurs), mais dont les conséquences de leurs actes stupides et dangereux ont été terribles. Exactement comme un policier stupide qui roule comme un goret et propulse violemment un engin de mort sans raison valable… et tue un enfant. Sauf que les deux actes susmentionnés, eux, ils ont été sévèrement punis.

Et je ne parle même pas de ces jeunes qui ont commis le crime suprême d’avoir insulté Nicolas Sarkozy… 4 mois ferme !

Mais là, c’est très différent ! Ces policiers ont seulement tué un enfant ! C’est beaucoup moins grave, apparamment… En tout cas c’est punis sans prison. Il est vrai que prendre la vie d’un enfant, c’est tellement moins grave que les actes mentionnés précédemment…

Il existe, malheureusement, un article du Code Pénal (le 434-25) qui interdit de « jeter le discredit sur une décision de justice », et qui donc m’empêche de dire ce que je pense de cette décision de « justice ».
Contentons nous, alors, de dire que les magistrats ont, ce jour, décidé d’officialiser définitivement le fait qu’il existe une justice à deux vitesses, sinon plus, selon qu’on soit policier ou pas, et même, selon qu’on tue un enfant ou pas.

Un mot : Abject.