14 ans, sans histoire, présumé innocent, mais incarcéré…
actualités, droits de l'enfant, justice, société 22 juillet 2007 Tags: actualités, droits de l'enfant, justice, mineurs, présomption d'innocence, prison, société .Et c’est encore une belle preuve de l’humanité sans borne de notre justice. Cette justice qui décidément, est si prompte à faire la morale aux affreux pervers qui ont des rapports consentis avec des adolescents de cet âge, parce que ça les « traumatise » : Et la prison, ça ne traumatise pas, à 14 ans ?
L’affaire, révélée par l’Associated Press, est la suivante : Un homme et son voisin se battent pour une histoire de nuisance sonore. Le fils du premier homme, âgé de 14 ans, un garçon sans histoires, inconnu des services de police, tente de les séparer, en vain. Il se munis alors d’un couteau de cuisine et frappe mortellement son voisin.
C’est horrible, bien entendu. Il y a mort d’homme. C’est un acte fondamentalement con de la part de ce garçon… Mais quand-même…
Bien-sûr que c’est un acte con… mais c’est le propre d’un garçon de 14 ans que de commettre des actes cons, il me semble. Si les jeunes de 14 ans étaient parfaitement raisonnables, ils seraient majeurs, et ils voteraient. Ce n’est pas le cas et il y a une raison à cela. Ce garçon est mineur. Mineur. Il doit être traîté comme tel.
Ce garçon est mineur donc. Et surtout il n’a pas encore été jugé, il est donc présumé innocent, et surtout, tout reste encore à déterminer : son discernement au moment de l’acte, sa responsabilité réelle, les circonstances de son acte (qui peuvent être aggravantes ou atténuantes), la peine qu’il mérite vraiment…
Ce garçon était inconnu des services de police, c’était un jeune adolescent sans histoires. Ce n’était pas un fauteur de trouble, ni un poignardeur compulsif récidiviste. Il a juste vu rouge à un moment donné et fait une grosse connerie. Pourquoi le placer en détention provisoire ? Sachant que cette dernière a pour but de protéger la société, et ne doit être qu’exceptionnelle ? Présentait-il un danger immédiat de récidive ? Non. Etait-il violent d’ordinaire ? Non. Etait-il seulement connu des services de police ? Même pas. Est-ce qu’il présentait un risque de se sauver en courant à l’autre bout du monde ? A 14 ans évidemment pas.
Et quand bien-même… La Loi permet de placer un mineur sous contrôle judiciaire en institution, si par exemple on ne faisait pas confiance aux parents, ou qu’on estimait qu’il avait besoin d’un temps à l’écart. Il existe des foyers, des centres éducatifs, des centres immédiats de placement… Pourquoi le choix de la prison ?
Est-ce vraiment trop demander, à cette justice si prompte dans d’autres circonstances à rappeller la fragilité et l’innocence d’un adolescent de 14 ans, qu’AU MOINS le statut de mineur protège un garçon sans histoires qui a fait une connerie d’être incarcéré avant même d’avoir été reconnu coupable, avant que les circonstances soient clairement établies, et avant qu’on décide si oui ou non il mérite de la prison ?
Avec tous les droits qu’on leur retire, aux mineurs, sous prétextes qu’ils sont inconscients et incapables de discernement. Est-ce vraiment trop demander, juste ça, qu’au moins pour eux on respecte la présomption d’innocence en ne les jettant pas en prison ?
Ce soir, je n’ai absolument aucun mot pour exprimer ma rage et mon dégoût à l’égard de la justice de mon pays.
7 septembre 2008 à 13:36
« Sachant que cette dernière a pour but de protéger la société, et ne doit être qu’exceptionnelle »
il me semble qu’elle sert surtout à protéger l’enquête en empêchant les pressions et les concertations (et qu’elle set aussi à protéger le mis en examen, ce qui d’ailleurs devrait être le travail de la police et non de la prison). Connaît-on la motivation du placement en détention ?
7 septembre 2008 à 16:05
La détention provisoire est prévue dans un nombre précis de cas, dont ceux que vous citez, mais aussi lorsqu’il y a un risque que le mis en examen fuie la justice (cavale), présente un risque immédiat de récidive, ou encore lorsque « c’est la seule façon de mettre fin au trouble à l’ordre public » : en général, quand on ne peut objectivement pas utiliser les autres raisons pour mettre en détention provisoire, on utilise cette dernière parce qu’elle est tellement vague qu’elle autorise toutes les dérives et est à peu près impossible à contester en termes juridiques. C’est d’une hypocrisie et d’une mauvaise foi crasse, mais c’est devenu la règle en matière judiciaire. Dans ce cas précis, c’est ce qui semble le plus plausible.