Collégien agresseur au couteau, et procureur aux larmes de crocodile
Droits de l'homme, Réflexion, actualités, anti-anti-pédophilie, droits de l'enfant, justice, libertés individuelles, société 17 mai 2009 Tags: actualités, adolescents, école, collège, droits de l'enfant, enfance, enfants, faits-divers, justice, mineurs, présomption d'innocence, prison, société .Pauvre procureur ! Un grand pacifiste, il aurait vraiment aimé faire autrement !
Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Je rappelle les faits : Le 15 Mai, à Fenouillet, près de Toulouse, un collégien du Collège François Mitterrand agresse au couteau une professeur de mathématiques.
On pourrait croire à une affaire de « cités », où un grand dadais de 17 ans ultra-violent agresse une enseignante, seulement Fenouillet est une ville de 5000 habitants, et le collégien est un petit gabarit, âgé de 13 ans et, loin de la racaille, est un élève timide et sans histoires jusqu’alors, un élève jamais signalé comme violent. Il était bien entendu inconnu des forces de police – comme du rectorat.
L’agression, au couteau, aurait pour origine une punition donnée pour un devoir non-rendu et l’élève, apparemment dans un échec scolaire qu’il avait du mal à vivre, aurait eu comme un coup de folie.
Même si on est plus dans le coup de folie du gamin sans histoire que dans l’ultra-violence habituelle d’un caïd incontrôlable, le fait est grave, et mérite sans aucun doute d’être traite à un niveau judiciaire et pénal. Il a donc été placé en garde à vue vendredi, puis déféré au parquet samedi matin. On aurait préféré qu’il ne passe pas la nuit au poste quand on connait l’état des cellules des commissariats, mais soit, admettons qu’il n’ait pas été possible de faire autrement. Tout cela, nous pouvons l’accepter.
Là où ça va beaucoup moins, c’est quand on apprend que le garçon a été placé en détention provisoire, dans un établissement pénitentiaire.
Il faut quand-même rappeler ce qu’est la détention provisoire : c’est une détention avant jugement, qui ne doit être employée que lorsque réellement, il est impossible de faire autrement.
Et c’est un peu ce que nous explique Monsieur le Procureur de la République, Monsieur Michel Valet, qui, avec des larmes de crocodile, nous explique, osons le dire, hypocritement, que « C’est une décision particulièrement difficile à prendre, compte-tenu de l’âge » [de l'enfant].
Si la décision était si difficile à prendre, pourquoi l’avoir prise, Monsieur le Procureur ?
Qu’il n’était pas possible de renvoyer ce garçon chez lui, comme si de rien n’était, je veux bien en convenir. Mais l’Ordonnance de 1945 donne largement d’autres possibilités intermédiaires, entre la prison et la maison.
Centres Educatifs Fermés, Centre Educatifs Renforcés, Centres Immédiats de Placement, foyers pour délinquants, pour enfants en difficultés…. les alternatives à la prison ne manquent pas en ce qui concerne les mineurs ! J’en ai cité cinq et la liste n’est probablement pas encore exhaustive. Mais c’est sûr qu’incarcérer, c’est plus facile (un papier à signer et hop c’est fait, quelle que soit la situation de la prison) que de se fatiguer à chercher une place libre dans un des nombreux lieux de placement quelque part dans la région.
Pourquoi la prison ?
Et le procureur de nous expliquer… Nous expliquer qu’un « certain nombre de paramètres sont intervenus ». Parmi lesquels la gravité des faits et l’âge du mineur.
Alors moi je veux bien, mais là faudra qu’on m’explique ces deux points. La gravité des faits ? On en est déjà au jugement ? Je croyais qu’il venait seulement d’être présenté au parquet… l’instruction est déjà finie ? Non bien-sûr ! Elle n’a même pas encore commencé. Comment peut-on parler des « faits » qui n’ont pas encore été mis en lumière, et comment peut-on en parler comme s’il s’agissait d’une « punition méritée vu les actes », alors que sa punition ne sera décidée qu’au procès, dans plusieurs mois, voire plusieurs années ?
Quant à l’âge, on frise le n’importe quoi… Si l’âge a fait partie des critères expliquant la mise en détention, et sachant que 13 ans est l’âge strictement minimum pour incarcérer un mineur, c’est que la jeunesse est pour Monsieur le Procureur une circonstance… aggravante ! Pour Michel Valet, plus on est jeune, plus on doit aller en prison !!
On zappera, au passage, les propos totalement hypocrites du Procureur sur les Etablissements Pénitentiaires pour Mineurs qui, à l’en croire, sont quasiment des internats du bonheur… des internats du bonheur où se multiplient les suicides, quand-même, il faut dire, comme je l’ai déjà dénoncé sur ce même site.
Il faut dire que le procureur l’a chargé, le gamin, et pas qu’un peu : Tentative d’homicide volontaire. Rien que ça. Un seul coup de couteau, aucun acharnement, aucune tentative de blesser plus qu’au premier coup, un gamin jugé « immature » par le psychiatre et n’ayant pas réalisé tout de suite son geste, un gamin qui a demandé de nombreuses fois comment sa victime allait (pour un assassin immature c’est louche a priori), mais Monsieur Valet a déjà décidé que le jeune a essayé de la tuer. Il n’y a pas seulement pensé hein : il a vraiment tenté de le faire, selon le procureur.
Il aurait pu retenir violence avec armes sur personne dépositaire de l’autorité publique, ce qui aurait été vachement plus crédible… seulement là, le mineur risquait 2 ans et demi ferme au lieu de 15 ans, ce qui empêchait de le placer en détention provisoire.
Alors, comme d’habitude et comme je l’ai déjà dénoncé l’été dernier à l’occasion du drame survenu en Corse, on charge la mule, avec des qualifications qui ne tiennent pas la route, juste pour pouvoir incarcérer avant le procès.
Vouloir à tout prix punir de prison, quand ce n’est pas strictement indispensable à la société, c’est vouloir à tout prix une punition violente, c’est vouloir faire souffrir. Vouloir faire mal, cela s’appelle du sadisme.
Et le pire, c’est de le faire avec des faux scrupules, devant les caméras, prétendre que la décision a été affreusement difficile à prendre, alors que tout a été fait pour incarcérer ce gamin et sur des bases juridiques largement contestables, avec en plus des arguments, passez moi l’expression, à la mords-moi-le-noeud !
Oh il n’y restera pas longtemps, en prison. Même le procureur le laisse entendre. Juste assez pour qu’on imprime, bien profondément en lui, un traumatisme d’une rare violence.
Je ne voulais pas vous refaire le couplet de cette justice qui pourtant n’est pas avare de reproches moralisateurs à certains types de délinquants concernant le traumatisme qu’ils font subir aux enfants, mais quand-même… Que n’aurait pas dit Monsieur Valet s’il avait eu entre ses mains un affreux pervers qui avait eu un rapport sexuel parfaitement consenti avec ce jeune garçon ! Pour sûr, il l’aurait placé immédiatement en détention, en argument du traumatisme horrible subi par ce garçon, et de la montagne de douleur qui l’accompagnera pour le restant de ses jours.
Parce que sa décision de foutre ce môme en taule n’est pas traumatisante pour celui-ci, elle, peut-être ? Parce qu’il n’y aura pas de « montagnes de douleurs » pour ce gamin lors de son séjour en prison, peut-être ? Et quand on connait la faune des EPM en plus… il y a de quoi être inquiet pour ce gamin.
C’est d’ailleurs assez simple : il va se faire bouffer ! Tout cru. Autant la prison est un milieu violent chez les adultes, autant chez les mineurs, c’est même plus violent : c’est pire que la jungle. C’est un milieu absolument horrible où les violences physiques se mêlent aux violences psychiques, où le caïdat est roi, et où le petit gabarit timide du genre de ce garçon sont tout en bas de l’échelle et méritent à peine de survivre.
Et ça, Monsieur le Procureur ne l’ignore pas ! Il ne peut pas l’ignorer, pas dans sa position, pas si près du milieu carcéral. Ou alors il doit démissionner car ne pas savoir cela serait preuve d’incompétence.
La morale de l’histoire ? Il n’y en a pas. Mais je peux quand-même vous raconter la fin probable :
Monsieur Valet a été courageux en embastillant un gamin de treize ans, il sera peut-être même promu, de son côté la populace qui criait « vengeance ! » et « à mort le jeune ! » sera heureuse et soulagée, Sarkozy revêtant son plus beau costume de Ministre de l’Intérieur va aller de sa petite litanie sur ces hordes de jeunes voyous et sur l’importance d’avoir des mesures sans failles à leur égard, bref, tout le monde sera content, et ce sera la liesse.
Pendant ce temps, ce gamin aura servi de pute et de défouloir à tous les caïds de sa prison, il y aura subi la violence, il y aura souffert le martyr, il y aura appris la haine viscérale de la société, il sortira avec la rage au ventre, et il aura aussi peut-être appris auprès de certains caïds comment se procurer une arme à feu, cette fois, s’il est tenté de récidiver, histoire de faire bien plus de dégâts qu’avec un simple couteau.
Mais la société est contente. La foule a eu la tête de ce gosse, elle a eu ce qu’elle voulait.
Et nous n’aurons rien réglé.
29 mai 2009 à 16:06
bonjour,
j’ai lu avec attention votre message (je suis d’ailleur tombé par hasard sur cet article).
Je suis d’accord que 13 ans c’est trés trés jeune pour aller en prison. Cependant, si nous ne savons rien de ce jeune, n’est pas parceque rien n’a été fait jusque là. En effet peut être son acte est le résultat de plusieurs années de dérives silencieuses. Somme nous certain qu’il est si « innifencif » malgré son âge? somme nous certain que son acte n’est pas réfléchi (il a pris le couteau chez lui le matin et a attendu l’interclasse).
Je pense qu’il fallait de toute facon l’(éloigner du collège et eventuellement de sa famille (savont nous si ses parents ne sont pas defailllants?).
Je pense qu’il faut attendre les investigation de la PJJ qui sont les seuls professionnels en mesure de gerer ces siruations.
cordialement.
29 mai 2009 à 17:46
13 ans, ce n’est pas très jeune, c’est trop jeune.
Concernant son inoffensivité, nous savons seulement, mais c’est déjà beaucoup, qu’il n’était ni connu pour être un élève violent au sein de son établissement, ni pour être un individu délinquant par les services de police.
Pour ce qui est de l’éloigner, je partage votre avis à tous points de vue : d’abord, il n’était pas possible de le faire retourner dans son collège dès le lendemain comme si de rien n’était. Ce n’est pas imaginable.
Pour ce qui est de sa famille, il est clair qu’il serait bon, avant de le renvoyer chez lui, de faire une petite enquête sociale auprès de ses parents.
Mais il y a d’autres solutions que la prison, en attendant, et j’en ai cité plusieurs. Il aurait pu, sans problème, aller en Centre de Placement Immédiat, ou en Foyer d’Action Educative de la PJJ (puisque vous en parlez, ça tombe bien), dont c’est précisément la mission. On aurait pu imaginer le placer en Centre Educatif Fermé, éventuellement, si on avait jugé nécessaire de le « rééduquer » immédiatement.
Il existe des structures entre le retour à la maison et la prison. La justice des mineurs les connait forcément, c’est la base de son métier.
Elle ne les a pas choisi. C’est un choix idéologique qui les engage.
Il est trop facile de choisir délibérément la prison parmi toutes les solutions possibles, de repousser volontairement au moins trois solutions adaptées à ce garçon, et de venir dire ensuite aux médias d’un air désolé « on voulait pas, on vous jure, mais il y avait pas d’autre solution ».
9 juin 2009 à 16:17
13ans….comment peut on juger que la place d’un enfant de cet age est en prison??En effet, de multiples solutions existent avant.Les centres éducatifs renforcés sont là pour ça.Ne croyez vous pas qu’il ressortira de la prison dans un état encore pire?Cet enfant a besoin d’un suivi, d’éducateurs pour l’orienter, le canaliser. Bien sur que l’acte commis est très grave mais la décision prise par le procureur tellement simple. Il n’a pas cherché la meilleure solution pour l’enfant mais celle qui donnera une image favorable à la justice. Des professionnels ont ils cherché à comprendre son geste?à parler avec lui?Il est tellement simple de qualifier un enfant de délinquant mais il ne faut pas oublier qu’on ne nait pas délinquant, on le devient et pour diverses raisons….Et je répète qu’il y a des spécialistes censés trouver des solutions à ce genre de problèmes. Les prisons sont déjà surpeuplées. Je comprend aujourd’hui pourquoi. La justice française est plus que défaillante et c’est inquiétant pour l’avenir.
27 janvier 2010 à 13:45
je suis d’accord avec le procureur. IL ne mérite que ce qu’il a semé. Moi j’ai mon fils de 16 ans qui vient de se faire planter par un autre de 15 ans qui est connu des services de police. IL a porté huit coup sur son blouson. deux l’on touché au thorax dont un gravement au poumon.Deux autres avaient été portés au niveau du ventre mais il avait les paquets de cigarette de son père dans la poche ce qui l’a sauvé mais les paquets on été transpercé l’arme de ce déléquant. C’est sur ses jours ne sont pas en danger, il est resorti au bout de 3 jours d’hospitalisation. Et le jeune lui au bout de 3 jours a été libéré de sa garde a vue et passe juste devant le juge des enfants 15 jours plutart. Mon autre enfant ne va pas a l’école car elle est connu comme étant sa soeur, et mon fils ne sort pas de chez moi non plus. J’ai trop peur des représailles vu que nous avons portés plainte. Car tout avait commencé l’année dernière (juin) seulement parce mon fils a voulut évité une baguarre avec ce jeune et ses copains sur son meilleur ami. Ce qui fait que son geste était prémédité. Moi je peux dire la justice française est défaillante
27 janvier 2010 à 13:58
Votre affaire n’est pas comparable à celle dont je parlais dans cet article : l’enfant dont il était question dans l’article n’avait pas 15 ans mais 13. Il était inconnu des services de police et même dans son collège il n’était pas connu comme violent, plutôt même comme un timide.
J’ai bien pris soin, en introduction, de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une grande racaille de 17 ans délinquant d’habitude, mais d’un petit gabarit de 13 ans sans histoire dans un petit village.
On peut souhaiter malgré tout la prison (cela s’appelle du sadisme, mais on peut). Mais alors il faut assumer et ne pas faire semblant d’avoir des scrupules façon « on voulait pas, le mandat de dépôt s’est signé tout seul avec ses petits bras musclés, promis ».