La justice ne sait décidément plus quoi inventer pour remplir encore un peu plus les prisons déjà surpeuplées. Et tandis qu’on entend le petit refrain sur le législateur qui a la main lourde dans les textes, on oublie de parler de ces magistrats qui, disposant pourtant de toute la marge de manoeuvre que leurs syndicats ne cessent de réclamer, se sentent obligés de donner des peines démentielles : les prisons sont archi-surchargées mais, incapable de se remettre en question, la machine judiciaire continue de donner des peines de prison énormes à chaque occasion, comme si la prison était le seul moyen de punir un individu, comme si c’était l’unique réponse pénale qu’il était possible d’apporter, comme si le surpeuplement carcéral n’était pas déjà effroyable, comme si notre société n’incarcérait pas assez, comme s’il n’était pas effrayant de constater que le nombre de détenus dans ce pays ne cesse d’augmenter, alors que dans un pays comme la Finlande par exemple, il a été divisé par deux (mais je vous parlerais des Nordiques une autre fois).
Comme si surtout, puisque c’est le sujet, il était sain et raisonnable d’incarcérer à tout bout de champs des gens qui ont des enfants à élever. Comme si ce n’était pas une punition terrible pour les enfants que de les priver de leur papa ou de leur maman. Comme si les enfants allaient s’éduquer tout seul une fois les parents en prison…

Deux peines d’incarcération prononcées en l’espace de quelques jours. L’une à Angers, l’autre à Amiens, pour des faits somme toute assez similaires.

La première est un père de famille condamné à trois mois de prison ferme, pour avoir gifflé l’instituteur de son fils, en apprennant que ledit instituteur avait soulevé l’enfant par le col. Trois mois de prison ferme… C’est une décision hautement contestable et pour plusieurs points :

- D’abord parce que cet instituteur n’avait pas plus le droit de soulever un enfant par le col, que le père n’avait le droit de giffler l’instit’. S’en prendre à un plus faible que soi est lâche par nature et d’une violence pas plus excusable que d’adulte à adulte. Cela lui est aussi interdit administrativement (l’Éducation Nationale n’autorise pas ses employés à agresser physiquement les élèves). Cela lui est enfin interdit pénalement : les seules et uniques personnes autorisées à user de la force dans l’éducation d’un enfant étant les parents eux-même, ou les détenteurs de l’autorité parentale (ce que ne sont pas les instits) : autant dire que la justice fais preuve d’un deux poids deux mesures tout à fait contestable. Donner une peine relativement lourde à un père qui n’a fait que défendre son enfant face à un instituteur qui lui-même avait fait preuve de violence est tout de même une décision largement discutable, pour ne pas dire honteuse.
- Ensuite parce que l’instituteur en question, pourtant premier concerné, n’en demandait pas tant : il ne réclamait qu’un euro symbolique de dommages et intérêts. Mais la justice ne connait pas le symbole : il faut mettre en prison, sinon c’est pas drôle !

- Enfin parce que très logiquement, si cet homme est un parent qui a giflé l’instituteur de son fils, c’est que le père doit élever un enfant. On apprend d’ailleurs que l’enfant est un peu difficile, que le père est débordé, et qu’il a fait une demande de soutien psychologique en milieu scolaire pour l’enfant ! Et là, l’affaire tourne au scandaleux : Parce que pas un seul instant, les juges n’ont pensé à l’enfant ! L’enfant qui était déjà en situation difficile. L’enfant qui va perdre son père pendant 3 mois, envoyé en enfer ! L’enfant qui va en être d’autant plus perturbé alors qu’il a déjà besoin d’aide ! L’enfant qui va vachement aimer l’école à cause de laquelle son papa est en prison.

Un enfant sacrifié pour les délires répressifs de la justice. Mais cette affaire n’est pas la seule, en l’espace de quelques jours, d’où le terme de mode. Jugez plutôt :

Une mère de famille condamnée à 4 mois ferme pour avoir agressé des institutrices, parce que l’école refusait d’intégrer sa fille légèrement en retard. 4 mois ferme ! Rebelotte ! Pendant ces 4 mois donc, la fillette (qui était scolarisée en maternelle, c’est dire si nous parlons d’un âge où, comme le nom de l’école l’indique, l’enfant a besoin de sa maman) ne pourra plus voir sa mère, pendant ces 4 mois, elle n’aura que lettres et parloirs. Pendant ces 4 mois, la fillette ne sera plus éduquée par sa maman. Et cette fois encore, la fillette d’aller tous les jours dans l’école qui a envoyé sa mère en prison pendant 4 mois ! Ambiance à l’école ! Quatre mois de punition pour cette fillette ! Qui va éduquer la petite pendant ces 4 mois ? Monsieur le juge et ses peines de détention ? Assumera-t-il ce qu’il a fait à cette fillette et à son éducation ? Non bien-sûr car la justice se fiche des enfants lorsqu’elle attaque les parents. Elle ne s’en est jamais préoccupée et si vous demandez à des conjoints de détenus, il ne sauront que trop bien vous l’expliquer. Ainsi cette femme mère d’une petite fille qui disait à propos de l’incarcération de son mari “qu’il soit puni, c’est normal, il a fait une connerie. Mais pourquoi on est punis, nous ?” C’est vrai cela : Pourquoi, monsieur le juge ?
On aurait pu penser que dans des affaires comme celles-là au moins, la justice aurait la présence d’esprit de penser aux enfants, puisqu’ils sont à l’origine des deux affaires. Mais non. Les enfants devront donc s’éduquer seul loin de leurs parents, en allant dans “l’école qui a envoyé papa/maman en prison”. Comme la rentrée s’annonce gaie pour ces petits…
Merci pour les enfants, messieurs les juges. Sincèrement. Je suis sûr que toute leur vie, ils vous en seront reconnaissant. Ils n’oublieront pas. Et nous non-plus, nous le peuple français au nom duquel vous avez rendu votre verdict.

PS: Vous voulez me poursuivre en m’accusant de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance ? Mais faites donc ! Je saurais vous dire, moi, et en face, que ces décisions que vous avez pris en notre nom, celui du peuple français, vous l’avez usurpé, parce qu’en tant que membre du peuple français je suis scandalisé, et parce que si je ne me permettrais jamais ni de remettre en question l’autorité, ni l’indépendance de la justice, je m’accorde le droit, au nom du peuple français dont je fais moi aussi partie, de dire que votre décision est scandaleusement traumatisante pour les enfants, et qu’il est du devoir du citoyen d’un pays humaniste d’oser dire que la maltraîtance d’État n’est pas acceptable moralement.
Je suis membre du peuple français, et je ne vous reconnait pas le droit moral, messieurs les juges, d’affirmer que votre décision d’arracher leur père ou leur mère à ces enfants sont des décisions qui ont étés prises en mon nom. Surtout pas dans de telles affaires où les enfants sont au centre des débats. Si vous les avez oubliés, sachez que nous, pas.

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