Les lycéens sont déprimés, suicidaires, stressés, mais tout va très bien
Réflexion, actualités, droits de l'enfant, société 6 mai 2009 Tags: actualités, adolescents, école, droits de l'enfant, enfance, enfants, lycée, mineurs, rapport, Réflexion, société .« Tout va très bien, Madame la Marquise », nous dit-on inlassablement.
Mieux: les élèves français seraient trop bien traîtés, ces feignants, on leur épargnerait la moindre frustration et le moindre traumatisme, à ces petits chéris.
Voilà, en tout cas, un discours qu’on entend un peu partout, et dont les déclinologues se sont fait spécialiste. Ainsi entend-on constamment que nos élèves pètent forcément la forme parce qu’ils ne travaillent presque pas, ont des journées fort peu stressantes, des cours d’une grande facilité, et des profs laxiste au possible.
Le problème, c’est que ces affirmations ne résistent pas une seule seconde à l’épreuve des faits. En témoigne cette étude menée par l’Observatoire régional de la santé de Normandie sur la santé (au sens large) des lycéens. Cette étude nous apprend tout un tas de choses intéressantes. On passera sur les questions de santé physique, de sexualité, de drogue, pour s’intéresser en particulier aux chiffres concernant le moral des lycéens.
Alors, comment vont-ils, ces jeunes que l’on prétend épargnés de tout et menant une vie de luxure, de paresse et de félicité totale ?
Réponse courte : Mal !
Réponse un peu moins courte : Plus de la moitié des lycéens se sentent déprimés (51%). Bizarre pour des jeunes à qui, paraît-il, on épargnerait toute souffrance. Pire : 70% sont « nerveux ». Il paraît pourtant que l’école est devenue facile, sans stress, sans contraintes, sans discipline… Je crois que la preuve est faite que tout cela est faux. Il faut dire que cette image d’épinale est largement véhiculée par des gens qui ne sont plus lycéens depuis plusieurs dizaines d’années et qui n’ont aucune idée de ce que ces jeunes vivent, en réalité, au quotidien. Apparamment des choses qui touchent aux nerfs.
On notera par ailleurs que 95% se sentent fatigués, et que 69% ont besoin de sommeil en journée : si la tendance à se coucher tard n’y est pas forcément étrangère, elle est loin de tout expliquer. La réalité est que beaucoup de lycéens vivent un rythme insoutenable qui explique fort bien cette fatigue : Comme leurs parents, ils sont aux 35 heures, ou presque. Mais leurs journées sont bien plus longues, parce qu’éclatées (des heures de trou au beau milieu de la journée les oblige à être là de 8h à 18h, avec une pause d’une heure pour manger, parfois moins). Comme leurs parents, ils ont souvent 2 heures quotidien de transport, parfois plus. Mais contrairement à leurs parents, leur journée n’en est pas terminée pour autant. L’avis des enseignants du lycée, du moins celui qui est donné aux lycéens le jour de leur rentrée, c’est que pour réussir leur année, ils doivent travailler chez eux deux heures par jour, tous les jours. Plus le week-end. Si on compte bien, et si on ne compte que 3 heures le dimanche, ça fait déjà une cinquantaine d’heures de travail par semaine. Et nous ne parlons pas d’adultes, mais d’adolescents dont les besoins en terme de sommeil et de repos ne sont pas les mêmes, pour tout un tas de raisons que n’importe quel médecin saura vous expliquer mieux que moi. Être fatigué et mal à l’aise dans ces conditions porte un nom : cela s’appelle le surmenage. Et c’est un motif d’arrêt de travail pour un salarié. Mais pas pour un lycéen.
Pas étonnant, dans ces conditions, que les lycéens se sentent fatigués.
Mais l’étude ne s’arrête pas là : 80% des élèves se plaignent de maux de ventre, 86% de maux de tête. Deux maux dont le psychosomatisme n’est plus à démontrer : sauf cas médicaux très particuliers et en quantité négligeable, un individu qui se plaint de maux de ventres réguliers est un individu démesurément stressé. Idem pour les maux de têtes, qui sont aussi imputables à la fatigue, sans doute. 55% des élèves souffrent du dos, ce qui peut aussi être un indicateur psychosomatique, mais aussi une question d’ergonomie, question qui à ma connaissance n’a pas été prise à bras le corps une seule fois par un gouvernement ces vingt dernières années.
Enfin, comment aborder la question du bien-être adolescent sans aborder la question douloureuse du suicide ? Ca tombe mal, les chiffres font froid dans le dos. 29% des lycéens déclarent avoir des pensées suicidaires. Près d’un tiers ! A cela s’ajoute 9% ayant déjà commis une (ou plusieurs) tentative de suicide. Près d’un sur dix !
Et l’addition des deux mène à 38% ce qui dépasse allègrement le tiers des lycéens.
Plus d’un tiers des lycéens qui pense au suicide, un sur dix qui tente, la quasi-totalité des lycéens ayant des troubles psycho-somatiques, plus de la moitié en état de déprime… avec des chiffres pareils, les déclinologues et les autres réactionnaires de leur trempe auront beau prétendre qu’on passe tout aux jeunes, que leur vie est démesurément facile, et que les bobo-gauchos-angélisto-pédagos dans mon genre sont des niais qui ne comprennent pas que la vie d’un lycéen est un long fleuve tranquille…
Le problème, c’est qu’à des kilomètres de leur discours idéologique, la réalité, elle, parle d’elle-même, qu’elle leur donne tort, que les lycéens vont mal, mais que tout le monde s’en fout.
14 mai 2009 à 23:37
tu déconnes là, 2 heures de boulots quotidien à la maison? même à l’université j’ai jamais fait ça.
14 mai 2009 à 23:55
C’est le chiffre qui est donné par les enseignants et les Conseillers Principaux d’Education. En pratique, c’est vrai pour ceux qui ont besoin de bosser pour y arriver, particulièrement s’ils visent des filières comme la S. Ceux qui ont des facilités et s’en sortent généralement en se basant sur leurs acquis et en révisant vite fait avant le contrôle en ont pour moins que ça.
Les élèves sont loin d’être égaux devant les devoirs. Personnellement, je n’ai eu besoin de 2 heures par jour qu’en 2nde. Une fois la 1ère intégrée, ça a été plus facile, il faut dire que je n’étais pas en S mais en L, d’une part, et que j’avais des facilités, d’autre part. Des élèves qui passent une dizaine d’heures sur la moindre dissert’, j’en ai connu un grand nombre. Ceux-là ont besoin de passer -beaucoup- de temps à bosser chez eux.
15 mai 2009 à 17:32
Tu vas me donner une crise cardiaque avec tes statistiques sur les suicides !!! 29% c’est déjà insupportable mais 38 ! Faudrait savoir si tu donne un sens à ce nombre. Pour moi il n’en a aucun. Mais dans ce cas, pourquoi l’indiquer si ce n’est « par sadisme pour le lecteur » ?! Si c’est un indicateur de ceux qui ont tenté OU qui y ont pensé, ça n’est pas rigoureux mais je suppose que tu le sais. Cela dit, il se peut que certains aient essayé sans y penser avant.
15 mai 2009 à 18:34
Il est surtout probable que les élèves n’aient pas eu la faculté de répondre indépendamment aux deux questions. Il faudrait savoir sous quelle forme a été présentée la question :
Forme possible n°1 :
Avez-vous déjà pensé au suicide : oui/non
Avez-vous déjà essayé de vous suicider : oui/non
Dans ce cas là, c’est probablement 29% en effet.
Si toutefois la question est :
Vous et le suicide :
- Je n’y ai jamais pensé
- J’ai des pensées suicidaires
- J’ai déjà fait une tentative de suicide
Alors les deux pourcentages s’additionnent bel et bien.
Malheureusement, je n’ai pas la réponse. J’avoue avoir écrit l’article un peu vite, en n’ayant lu que l’article de Ouest France (comme d’habitude, je n’invente rien et je cite mes sources, qui sont crédibles). Depuis, j’ai récupéré l’étude en question qui… ne donne aucune précision sur ce point.
Il est donc envisageable que je me sois trompé sur l’interprétation de ce résultat. Tout comme il est envisageable que mon interprétation soit la bonne.
Les deux chiffres donnent, en tout état de cause, froid dans le dos.
L’étude donne aussi plein d’autres chiffres intéressants et déprimants à la fois. Par exemple que 74% ont des difficultés de concentration (dont 20% régulièrement, ou encore que 23% sont purement et simplement sous traitement médical contre l’anxiété, l’angoisse et le stress.
Bref ce qui ressort de l’étude, c’est que les jeunes vont plutôt très bien physiquement, mais que leur état psychique est, quoi qu’on en dise, à la limite du catastrophique.
Mais pour en revenir aux stats sur le suicide, c’est 29% ou 38%, le compte-rendu de l’étude n’est pas assez précis pour savoir lequel de ces deux chiffres est le bon.
1 novembre 2009 à 22:23
Hé béh… Quand on pense qu’en plus le niveau des jeunes semble être en régression et qu’ils sont de plus en plus agressifs… Je suis sorti du lycée depuis l’année dernière… J’ai pas vraiment l’impression qu’un tiers soient déprimés, même si en ce qui me concerne j’y ai pensé quand j’étais au collège… Pour moi les stats veulent rien dire… Ceci étant, il est vrai que les faits sont la, le nombre de jeunes déprimés et suicidaires augmente de manière considérable et qu’ç’en est flippant… Faut juste changer le système d’éducation, il est pas du tout adapté… Les gens croient que les jeunes foutent que dalle (et ils ont peut être pas tort, parfois les cours c’est assez peu productif) mais quand je vois l’ancien système, ou les profs ne risquaient pas de se faire planter un couteau dans le ventre, ou avoir son brevet ou son bac signifiait vraiment quelque chose, et ou les jeunes semblaient faire gaffe a leurs cours… Ouais, parfois j’regrette le « bon vieux temps » même si j’y étais pas…
1 novembre 2009 à 22:26
Au fait, pour mon BTS, on me disait trois heures par jour et quatre heure le samedi et dimanche ^^ En plus des 36 heures par semaine (moyenne)… En réalité j’ai jamais rien fait en dehors des cours, j’ai des facilités… Mais quand j’ai entendu mon prof balancer ça, j’ai pas du tout été réceptif ^^’