Maître Lec : Avocat des professeurs violents, procureur des élèves grossiers.
actualités, droits de l'enfant, justice, société 29 mars 2008 Tags: actualités, adolescents, école, Berlaimont, collège, droits de l'enfant, gifle, judiciarisation, justice, société .Il n’est pas dans mon habitude de faire un billet juste pour une personne. Mais puisque l’individu se sert de son nom et de son titre pour faire passer ses idées, et que ses idées, révélatrices d’un certain climat en France, méritent d’être passées en revues et à la loupe de l’analyse critique, me voilà obligé de faire ce jour une petite entorse à la règle.
Qui est Maître Francis Lec ? Avocat « socialiste » (comme quoi décidément socialisme ne rime plus avec progressisme), apprend-t-on sur Rue89, on l’a d’abord connu pour ses prises de position très violentes à l’égard des agressions d’élèves sur professeurs. Mais attention, car le Maître a sa définition toute personnelle de l’ »agression », sur laquelle nous reviendrons. Reprenant finalement un peu l’idée qu’il faut terroriser les terroristes, il décide d’appliquer l’idée aussi aux élèves.
Ainsi le monsieur se déclare-t-il favorable à « une vraie réponse judiciaire » à toutes les incivilités, et même « à une réponse pénale systématique » en cas d’insulte grave d’un élève (par opposition à une simple médiation pénale ou rappel à la loi, qui sont une façon pour la justice pénale de faire les gros yeux sans passer par un long et inutile procès), et conseille-t-il aux professeurs « de porter systématiquement plainte » en cas d’agression, de quelque forme que ce soit, et ce quel que soit l’âge de l’élève : 11 ans, en 6ème ? Oui sans problème.
Et en effet, en matière d’agression, l’avocat en a sa définition bien à lui (enfin au demeurant, pas tout à fait), suffisamment large pour que chacun aie une bonne raison de porter plainte contre un élève au moins une fois par an : si vous croyez qu’il parle d’agression physique, vous vous trompez. Par agression, il entend aussi insultes, « diffamation », voire « insinuations » : Qu’est-ce qu’une « insinuation » grave au point de mériter une plainte au pénal, je ne le sais. Décidera-t-il de porter plainte contre moi pour insinuation ? Qu’il sache dans ce cas que je compte faire valoir le fait que je ne le diffame pas, en ne l’attaquant pas lui mais ses propos, et qu’au pire je ferais plaider l’exception de bonne foi, puisque je ne fais que me baser sur les propos lus dans la presse, et qui se cantonnent le plus souvent à le citer.
Ainsi donc, une « diffamation » et une « insinuation » de la part d’un gamin serait pour lui digne d’une attaque au pénal. Alors soyons sérieux et mettons-nous un peu en situation. Est-ce qu’un élève qui dit à un autre, dans la cour de récréation, « Madame Untel je l’aime pas c’est une garce elle m’a mis une sale note alors que j’avais révisé » devrait être passible d’une amende pour diffamation ? Est-ce qu’un élève qui « insinue » en classe que « Madame pourquoi vous m’interrogez toujours moi c’est parce que vous m’aimez pas hein ouais ? » mérite du sursis avec mise à l’épreuve et une inscription au casier judiciaire pour « insinuation » déplacée ? Un élève qui « insulterait » un professeur en disant « Monsieur vous êtes vache j’ai rien fait c’est pas sympa » mérite-t-il de la prison pour insulte à professeur ?
Loin des coups de couteau qu’on nous présente systématiquement en épouvantail, la réalité des « agressions » des élèves dans les classes de 6ème moyennes, c’est pourtant le plus souvent comparable à ce que je viens de présenter.
Et c’est de cela dont Maître Lec se fait le chantre de la pénalisation systématique. Admirateur de Madame Dati, il défend d’ailleurs ardemment un projet gouvernemental qui consiste à signaler au Procureur de la République toute incivilité causée par un élève du second degré (collèges/lycées) : à savoir les violences, mais aussi les insultes, les insinuations et même… « faire du raffut avec des chaises ». Oui oui, faire du raffut avec des chaises, c’est tellement dangereux pour l’ordre public que le Procureur devrait être systématiquement mis au courant afin d’en faire des petites fiches sur les élèves (et les traduire en justice, le cas échéant). Au rectorat de Paris, où le dispositif est d’ors et déjà en test, on estime d’ailleurs qu’il devrait être étendu au premier degré, c’est à dire écoles élémentaires et… maternelles.
A côté, le « zéro de conduite pour les enfants de 3 ans » (carnet de comportement, détection précoce des troubles du comportement) de Nicolas Sarkozy qui avait tant scandalisé la France fait presque figure de conte de fée co-signé par les Bisounours et les Teletubbies.
Simple avocat ultra-procédurier obsédé par la réponse pénale à toute incivilité, Maître Lec ? Que Nenni !
Car l’on retrouve le Maître en tant qu’avocat de… José Laboureur, le prof du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont qui a jeté les affaires d’un élève, plaqué contre le mur, frappé, et traîné sur plusieurs mètres cet élève de onze ans (dont on apprend qu’il était très bon élève, sage, et que physiquement il en paraissait huit), en pleurs, puis qui a encore trouvé le moyen de se poser en victime, et de remettre un peu d’huile sur le feu régulièrement pour faire conspuer son ancien élève par la France entière.
Bien entendu, il est de son droit de défendre les personnes au pénal tout en souhaitant des réponses pénales : avec un peu de cynisme, on pourrait même dire que ce serait même assez cohérent, quoiqu’un peu véniel. Avec moins de cynisme, on pourrait dire que l’on peut reconnaître d’un délinquant ou d’un criminel qu’il mérite d’être poursuivi en justice, tout en le défendant pour que celle-ci se montre juste, et non pas injustement sévère.
Seulement voilà, face à l’accès de violence du professeur, le Maître plaide non-pas les circonstances atténuantes et la clémence du juge, mais rien de moins que la relaxe !
Vous avez bien lu, celui qui considère que le fait, pour un enfant, de « faire des insinuations » mérite un traitement pénal systématique considère que le fait, pour un quinquagénaire d’1m90, de plaquer contre un mur, frapper puis traîner un enfant de onze ans sur plusieurs mètres n’a pas sa place au pénal, que cela découlerait d’un droit d’autorité légal et inattaquable. Il est très clair : il faudrait traiter judiciairement toute incivilité de la part d’un élève, mais classer sans suite la violence physique de la part d’un professeur.
Vous ne rêvez pas : Pour Maître Lec, « insinuer » est un délit, « frapper plus faible que soi » est un droit.
Adorant visiblement opposer professeurs et élèves, il se fait volontiers spécialiste de l’exploitation de chiffres ostensiblement viciés, en déclarant que les enseignants français sont victime, par jour, de 60 agressions : bien entendu, dans ces soixante agressions, il inclue les insultes, les diffamations, et les insinuations (le terme d’insinuation est d’ailleurs de lui).
Du coup je me permet de poser la question, en toute honnêteté : Combien d’enseignants par jour se permettent des agressions envers les élèves, « diffamations et insinuations » y compris ? Combien d’élèves par jour se font traiter, au choix, de « cancres », de « ruminants » (lorsqu’ils mâchent du chewing-gum), d’ « inculte », de « jeune con », et autres propos que Francis Lec trouve, en d’autres circonstances, comme méritant une réponse pénale ? Combien doivent endurer des piques plus ou moins sympathiques dont certains profs font une marque de fabrique ?
Combien de jeunes par jour entendent des remarques acerbes lâchées devant 30 personnes, de type : « untel, mettez vos neurones en marche et répondez à la question » ou encore, en désignant un élève posant une question, « Rainman est parmi nous ! », quand ce n’est pas des choses plus méchantes comme « unetelle, tu es lourde, dans tous les sens du terme » ou autres remarques sur le supposé QI d’élèves (« de cacahuète » par exemple) ; Et je n’invente rien. Le QI de cacahuète par exemple m’a été cité par un collégien il y a de cela moins d’une semaine. Étrangement, on entend fort peu Maître Lec parler du traitement judiciaire de ces incivilités là.
Combien, donc, de la part des enseignants ? Moins de soixante par jour ? Par établissement scolaire peut-être, et encore… Mais au fond peu importe : cette guerre des chiffres à laquelle s’adonne Maître Lec n’a pas de sens. Parce qu’au fond, dans le contexte actuel, elle sert à légitimer un acte précis d’un professeur précis sur un élève précis.
L’élève était-il de ces soixante « agresseurs » ? Le prof de ces soixante « agressés » ? En fait, tout porte à croire que non. Mais peu importe pour Maître Lec : l’idée sous-tendue est ainsi que, puisque chaque jour, des professeurs sont victimes d’agression, un prof de mauvais poil a bien le droit de s’adonner à un ou deux tabassage d’élève innocent de temps en temps, et s’il peut mesurer 1m35 et peser 28 kilos, c’est encore mieux (à 15 ans, ils se défendent et ça fait mal).
Evidemment, ce n’est pas dit comme ça, mais qu’en comprendre d’autre, lorsqu’on excuse un acte injustifié dans un cas donné par le nombre d’agressions générales (essentiellement verbales) que subissent les professeurs à travers la France ?
Comment un juriste peut-il justifier qu’un professeur s’adonne à la violence sur un individu par l’appartenance de cet individu à une classe supposément agressive ? La punition générale, ou la légitime défense par procuration, est-elle un principe de droit pénal et si oui, depuis quand ?
Est-il impossible de condamner moralement à la fois les élèves qui se permettent des écarts graves de langage et les professeurs qui s’adonnent à des écarts graves de conduite ?
Il semble que ce ne soit pas possible pour Maître Lec : il a séparé le monde de l’éducation en deux camps, puis il a choisi un des deux camp et il le défendra quoi qu’il lui en coûte, dans une mauvaise foi d’ailleurs assez évidente, et quitte à réclamer des sanctions totalement disproportionnées envers le camp adverse (en toute honnêteté, si on avait dû condamner au pénal chaque élève ayant un jour diffamé un enseignant, quelle part de la population française disposerait d’un casier judiciaire vierge à ce jour ?).
Entendons-nous bien : Maître Lec n’est pas tout seul. Il n’est que le représentant médiatique et externe (en tant qu’avocat et non professeur) d’une certaine nébuleuse, de plus en plus vivace chez les enseignants du second degré, qui consiste à considérer leurs élèves comme leurs ennemis, et à leur déclarer une guerre ouverte. Après la « nébuleuse du tout fout l’camp » chez les enseignants du premier degré, voici la « nébuleuse du les élèves sont rien que des monstres assoiffés de sang qu’il faut mater » dans le second degré, et les mater aussi bien à coups de poing qu’à coup de plainte au pénal. Décidément, la haine de cette société française envers sa jeunesse est de plus en plus patente.
Maître Lec, José Laboureur, et tous ceux qui les soutiennent, sont en guerre contre les élèves, ce qui est fâcheux, s’agissant de gens dont – sauf pour Monsieur Lec – leur profession consiste à éduquer ceux-là même envers lesquels ils cachent difficilement leur haine.
Cette haine des élèves et cette guerre ouverte à leur égard se généralise en France (oui car c’est au fond assez franco-français) et en particulier dans le second degré. Fort heureusement, un certain nombre d’enseignants se refusent à rentrer dans ce jeu plus que malsain. Il me semblait néanmoins pas inutile de dénoncer publiquement l’un des chantre de cette guerre. Car quand on attise la haine de sa propre jeunesse, on récolte la tempête au minimum.
Ce n’est pas lorsque le prochain rapport Versini viendra pointer du doigt une augmentation du taux de suicide des adolescents français (le taux de tentatives de suicide est déjà en nette augmentation) qu’il faudra commencer à s’inquiéter de ces Maître Lec, de ces José Laboureur, et de tous ces gens qui jouent avec le feu sur le dos de notre jeunesse, qu’ils conspuent et font conspuer par la France entière, pour des motifs plus que fallacieux.
Tout le monde s’accorde à dire que la jeunesse française est en souffrance : est-il besoin que ces individus en rajoutent une couche ?
9 avril 2008 à 11:48
BRAVO BRAVO BRAVO
Quoi dire de plus face à cet acharnement contre la jeunesse…
10 avril 2008 à 23:04
« Cette haine des élèves »?
Vous imaginez qu’on peut exercer le métier d’enseignant en haïssant les élèves ?
Vous êtes un sacré procureur, digne du « tous coupables » d’Outreau, où les dévots du bon droit pensait détenir la vérité, alors qu’il n’ont fait qu’enfoncer des innocents.
Même les plus belles causes impliquent un minimum de réflexion.
La justice va nous éclairer, loin des vociférations stériles et partisanes.
10 avril 2008 à 23:29
Exercer le métier d’enseignent en haïssant les élèves ? Facilement. Mais ça pousse à haïr son métier, c’est clair.
Et en la matière, excusez moi, mais qu’il y aie des profs démotivés ou qui ne l’ont jamais été, ce n’est pas vraiment un scoop.
Notez que je ne commet aucune généralisation. Dans ce métier comme dans bien d’autres, il y a du pire et du meilleur. Je trouve simplement dommage que ce ne soit pas toujours les meilleurs qui fassent le plus de bruit.
Et en l’occurence, excusez-moi, mais défendre l’idée qu’il faut porter plainte à la moindre « insinuation » d’un élève envers un prof, mais qu’il faut foutre la paix aux profs qui passent leurs nerfs sur des enfants de onze ans, je ne considère pas vraiment que ce soit le « meilleur ».
Si vous considérez l’affaire Berlaimont et les propos de Maître Lec comme représentative de l’amour des enfants et du métier, il est clair que nous ne serons pas d’accord.
Je ne considère pas qu’on puisse plaquer contre un mur par amour, et je ne considère pas que porter systématiquement plainte quand on n’aime pas les propos de ses élèves soit non-plus une immense preuve d’amour.
Notez que je ne prétend pas que tous les profs soient ainsi. Loin s’en faut. Par contre, je prétend qu’il y en a de plus en plus. Ces profs là restent une minorité, mais une minorité de plus en plus visible, c’est un fait.
Vous savez, il suffit d’aller voir sur le site des Autonomes de Solidarité Laïque pour se faire une petite idée de la question : quand on met l’accent sur la possibilité de se retrouver en justice face à un élève – en tant que partie civile ou en tant qu’accusé – c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Au fait, qui est l’avocat national des autonomes de solidarité laïque ?
Je vous le donne en mille : un certain Maître Francis Lec. Absolument !
Je maintiens donc mes propos : quand on commence à parler en termes de plainte, de « se défendre », « d’attaquer », d’exiger des réponses pénales, c’est qu’on fait de ses adversaires des élèves au lieu d’en faire des alliés, et ce n’est clairement pas comme ça que je conçois le métier d’enseignant.
Enfin, la comparaison avec Outreau, c’est mignon, mais à la fin c’est un peu fatigant, parce que c’est vraiment le niveau zéro de la réflexion. José Laboureur, en effet, n’a jamais nié les faits, ou alors c’est une grande nouvelle. Il conteste exclusivement la qualification pénale.
Je vous suggère de vous renseigner sur cette nuance, et de bien comprendre ce qu’elle implique.
Elle implique non-seulement José Laboureur reconnait son geste, mais qu’il assume à 100% et exige même le droit de recommencer (oui: il exige de faire reconnaitre son geste comme son Droit).
Si vous appelez ça l’amour des élèves, c’est que sauf votre respect, vous avez l’amour vache.
11 avril 2008 à 0:08
J’oubliais : c’est bien beau de nous parler des vilains qui font les procureurs envers un homme sans attendre la décision de justice.
Mais vous avez quoi à dire sur les 60 000 vilains qui, à l’appel de deux syndicats, et accompagnés d’une fédération, d’un prof et de deux avocats, se sont fait les procureurs d’un enfant de onze ans ?
Et encore je ne me suis pas permis, moi, le langage ordurier que se sont permis beaucoup de français envers Alexandre et son papa, avec la bénédiction des syndicats enseignants.
Vous voulez un florilège ? Voici une liste de remarques lues parmi les commentaires de la pétition du SNES. Ils n’ont jamais été supprimés.
« Un esprit pauvre ne peut qu’avoir des idées pauvres »
« A sa place, je me sentirais vraiment merdeuse. »
« Et ce gendarme, n’a-t-il eu aucune sanction administrative ou morale pour sa démarche minable et intéressée ?? »
« J’ai honte pour les parents de l’enfant »
« dans ce cas précis le plus à blâmer n’est pas le petit connard d’élève, mais le connard de père qui a pris sa défense. » (vous avez bien lu et je n’invente rien)
« Quel exemple pitoyable de la part d’un soi-disant gardien de l’ordre… »
etc.
Et je ne vous parle pas de l’atteinte à la présomption d’innocence d’Alexandre et de son père : il n’y a que ça, et ça s’étale sur trois mille pages. Comptez les : TROIS MILLE PAGES. Rien que pour la pétition du SNES.
Et vous venez me faire la leçon sur la présomption d’innocence ?
Commencez par en toucher deux mots aux syndicats d’enseignants : ce n’est pas moi qui ai poussé à la médiatisation de l’affaire avec ma version personnelle des faits, mettant un enfant de onze ans sur la sellette.
Bizarrement, vous avez l’air d’avoir une préoccupation pour la présomption d’innocence qui va à sens unique. C’est étrange, non ?
23 janvier 2009 à 16:32
Maître LEC a plaidé contre kévani Wansalé, l’auteur de 8 coups de couteau qui aurait du tuer sa prof principale, Madame Montet-Toutain.
Il a rappelé l’immobilisme de l’Administration en ce qui concerne l’aide à cette prof, alors que l’agresseur a eu à sa disposition une aide non négligeable.
Certes, 15 années de prison cela parait énorme (et ça l’est). Peut-être aura t-il moins en Appel.
Mais je voudrais juste rappeler que les professeurs font un métier de conviction, une vocation professionnelle et qu’ils font de leur mieux pour aider leurs élèves.
Ce que vous citez ici n’est qu’une parcelle infime du véritable comportement des professeurs dans leurs classes.
Ni les élèves, ni leurs profs, ne sont des anges, des êtres parfaits. Chacun peut avoir ses humeurs.
Le tout est de savoir s’excuser quand on dépasse les bornes.
Et la judiciarisation à outrance ne me parait vraiment pas la solution.
Pourtant, c’est de plus en plus le choix de la société contre les professeurs.
23 janvier 2009 à 16:51
Je vous rejoins, bien entendu ! Et je n’ai eu de cesse de le répéter dans chacune de mes interventions publiques pour défendre le jeune Alexandre : il n’a jamais été question de faire de l’anti-prof. La plupart dépensent une énergie phénoménale à faire un métier difficile. Certains avec plus ou moins de talents mais l’immense majorité ne sont en tout cas pas des sadiques. Je l’ai rappelé sur les différents forums sur lesquels j’ai fait circuler la pétition. Je l’ai rappelé sur Libération qui a souhaité me demander mon point de vue sur l’affaire Berlaimont. Je l’ai rappelé sur RTL (même chose). Je critique un comportement – présent chez certains seulement – et pas un corps professionnel qui à mon avis est bien souvent injustement traité.
Ce qui me choque, c’est cette nouvelle mouvance, chez une proportion de prof que j’imagine minoritaire mais qui est difficile à évaluer, à considérer l’élève comme un ennemi, comme un « méchant ». « Les élèves » seraient grossiers. « Les élèves » seraient une menace pour les enseignants. « Les élèves » nous font courir un risque. « Les élèves » poignardent leurs professeurs. « Les élèves » rendent notre métier de plus en plus difficile…
Je n’aime pas ce discours sur « les élèves », et je n’accepterais pas davantage de discours sur « les professeurs ». « Les professeurs » sont comme les élèves, et comme le reste des citoyens de ce pays : tous différents. Certains sont formidables. D’autres sont pitoyables. Beaucoup sont au milieu et font ce qu’ils peuvent pour être à la hauteur. Parfois ils dérapent.
Comme vous le dites, l’essentiel est de savoir s’excuser. C’est valable d’un côté comme de l’autre.
Dans l’affaire Berlaimont par exemple, vous constaterez que c’est moins l’acte du professeur que j’ai critiqué, que le traitement injuste qui en a été fait par la suite. Le soucis est que cet enseignant aurait pu s’excuser, faire profil bas, dire « j’ai dépassé les bornes, je regrette », mais qu’il a préféré alerter les médias sur sa garde à vue, puis lancer une campagne médiatique de lynchage contre Alexandre, pendant que son avocat – ce très cher Francis Lec – expliquait qu’il était parfaitement normal de frapper un élève et exigeait que cela soit reconnu comme un droit.
C’est à dire que ce même monsieur explique qu’un professeur doit avoir le droit de plaquer un élève contre le mur et de le frapper, tandis qu’un élève de 12 ans qui insulte un enseignant doit faire l’objet d’une plainte au pénal.
C’est ce discours là que je n’admet pas. On ne peut pas à la fois crier à la judiciarisation abusive dans les cas de violence tout de même assez énergique, et réclamer la judiciarisation systématique de toute violence même verbale quant elle vient des élèves.
Sinon, on fait de l’idéologie qui consiste à dire « les profs ont toujours raison et sont toujours innocents, les élèves ont toujours tort et sont toujours coupable ». On ne peut laisser dire ça. Pas plus que le discours inverse d’ailleurs mais en l’occurrence, c’est celui-ci que tient Maître Lec.
Quant à l’affaire du lycéen qui a poignardé son enseignante, je n’y reviens pas car elle me paraît hors-sujet : il s’agit d’une affaire criminelle exceptionnelle, de gravité unique, et dans laquelle le rapport élève/professeur me semble presque un détail face à la gravité du rapport agresseur/agressé. Pour le coup, la judiciarisation est plus que normale nous en conviendrons.