Travail le dimanche: qui va garder les gosses ?
Réflexion, actualités, droits de l'enfant, société 1 décembre 2007 Tags: actualité, droits de l'enfant, enfance, mineurs, Réflexion, Sarkozy, société, travail .Jeudi, le Président de la République a fait un grand discours, notamment sur le pouvoir d’achat, en augmentant sensiblement l’étendue de son fameux « travaillez plus pour gagner plus » (avec d’ors et déjà l’enterrement des heures supplémentaires défiscalisées : à la place, les entreprises suggèreront à leurs employés de renoncer à leurs RTT contre de l’argent, l’avantage, c’est que ce n’est pas payé en heures supplémentaires).
Bref une mesure en particulier est à retenir : le specte du travail le dimanche refait son apparition. Nicolas Sarkozy est bien décidé à faire trimmer le dimanche, « sur la base du volontariat » (selon le bon vieux précepte du « soit t’es volontaire, soit on trouvera quelqu’un d’autre à employer qui lui sera volontaire »).
Alors qu’on est d’ors et déjà en train d’enterrer le rapport Versini, qui décidément n’aura eu aucun impact sur la politique de ce pays, voilà une nouvelle mesure qui va, à n’en point douter, améliorer la santé psychique des jeunes : voilà que le dimanche, le seul jour où toute une famille pouvait être réunie, le seul jour où personne ne travail et où parents et enfants peuvent se retrouver, va disparaitre en tant que tel : désormais, c’est zéro jour par semaine que les parents passeront avec leurs enfants.
On imagine bien que le sort des ados va encore s’améliorer si dès le plus jeune âge, les enfants passent SEPT jours par semaine hors de la maison, parce que papa et maman travaillent même le dimanche pour joindre les deux bouts. On imagine bien que les enfants seront bien mieux à zoner dehors, désoeuvrés, plutôt qu’à parler ou à faire des activités avec leurs parents.
Si bien que Sarkozy viens de confirmer la validité ironique d’un extrait d’une chanson de Tryo : Récréation, qui disait :
« Faut qu’les parents bossent, faut qu’les parents bossent,
Pendant qu’la police s’occupe de leurs gosses »
C’est clair : Pendant que papa bossera le dimanche, les enfants iront zoner pour certains, et comme tout gamin livrés à eux-même, ils feront des bêtises.
C’est clair aussi, on ne pourra pas exiger des parents qu’ils aient une meilleure autorité et qu’ils « tiennent leurs enfants » s’ils sont hors de la maison 7 jours sur 7.Et on ne pourra pas attendre que les enfants aillent mieux, donc se comportent mieux, s’ils ne voient jamais leurs parents. Il n’est pas besoin d’être un génie pour se douter que les problèmes des adolescents ne commencent pas au jour de leur 13ème anniversaire mais qu’ils ont une histoire, et que l’éducation joue un rôle dans cette histoire. On voit mal comment le fait de bosser le dimanche pourrait arranger les problèmes pointés du doigt par le rapport Versini.
Du coup, la phrase attribuée à Laurent Fabius par les Guignols de l’info prend tout son sens, mais pas vis à vis de Ségolène Royal : Qui, qui, qui va garder les gosses ?
La police sans doute, quand les gamins désoeuvrés déconnerons, ou que les gamins mal dans leur peau d’avoir passé les 12 premières années de leur vie sans jamais voir leurs parents fumeront du cannabis : et on feindra encore de s’étonner, et de condamner cette délinquance comme si les jeunes étaient déjà responsable, à 13 ans, de ce qu’ils sont devenus.
De qui se moque-t-on, lorsque l’on feint de s’inquiéter de la santé mentale des ados et qu’on passe ses législatures à sacrifier la famille sur l’autel de la compétitivité ? Travail, famille patrie ? Non, désormais vous pouvez supprimer « famille » : travail, travail, patrie. Il parait que c’est ça, le progrès. Pas pour la santé psychique des jeunes en tout cas.
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