Alors que le gouvernement s’apprête à installer un grand firewall à la chinoise « comme toutes les démocraties » pour filtrer le web, on sait que l’industrie du disque regarde de près les possibilités qu’offrent cette grande idée du Ministère de l’Intérieur. Pour justifier la mesure, on nous ressors le couplet des vilains pédophiles et des pitizenfants à protéger.
Evidemment risible, Michelle Aliot-Marie ne recule devant aucun amalgamme pour justifier la mesure : il s’agit tantôt de « protéger les enfants » contre les contenus choquants sur internet (il paraît que 36% est confronté à des images « choquantes et traumatisantes » chez les 11-17 ans.. mon Dieu, le gouvernement découvre que les jeunes sont fans de films d’horreur et de gore, et feignent de croire que cela n’existe que sur internet), tantôt de lutter contre « des images insoutenables » et les viols d’enfants qu’ils sont censés supposer, et desfois on justifie la mesure par de supposés pervers qui séduiraient les pitizenfants sur internet, et de nous ressortir les classiques enquêtes sur les dizaines de milliers d’enfants enlevés par internet… ou à qui simplement un adulte a adressé la parole : c’est la même chose (il parait). Curieux mélange des préoccupations rassemblés sous la bannière de la « lutte contre la pédophilie » : comme ce terme fourre-tout est pratique ! Il a le mérite d’annihiler tout esprit critique chez les gens. Premier aveu : la ministre ne sait pas exactement pourquoi elle veut filtrer le web. Mais elle veut le filtrer !
Or, donc, en tout cas, il faut sauver les pitizenfants des affreux pédopornographes. Et pour cela, filtrer les sites pédopornographiques ! Déjà une série d’autres aveux… D’abord, pace qu’on sait qu’on ne tombe pas par hasard sur un site pédopornographique. Ce seraient donc les pitizenfants eux-même qui seraient à l’affut de ces sites ? Ce serait là un deuxième aveu, et qui ferait tâche pour le moins. Et pourtant quand on y pense… qu’est-ce que de la pédopornographie ? Un mineur tout nu ? Messieurs-dames, pères et mères de famille, si vous saviez ce que certains mineurs font avec leur webcam lorsque leurs parents ont le dos tourné… que voilà d’affreux pédopornographes ! Le fait est qu’ils ne traumatisent personne à part leurs parents, en tout cas pas les pitizenfants.
Plus drôle, enfin si j’ose dire, nous allons donc filtrer les sites pédopornographiques pour protéger les pitizenfants, mais pas le reste ! Les enfants pourront donc continuer à consulter, au choix, des sites faisant l’apologie du racisme, des sites à contenu ultra-violent, des sites de photos gores, des scènes de meurtres, de viols de femmes, les décapitations de soldats par des membres d’Al Qaeda (ça tournait beaucoup sur internet à une époque, et bizarrement personne ne s’en offusquait). Tout cela n’est pas choquant pour les petits enfants ! Ca, ils peuvent continuer à regarder, ce n’est ni dangereux ni choquant. D’ailleurs on en voit plein aux 20h : c’est bien la preuve que c’est sain et familial, une bonne décapitation, non ? Non ce qui est dangereux, ce sont les mineurs tous nus ! CA c’est traumatisant ! Troisième aveu.
Quatrième aveu : Ce ne sera pas à la justice de déclarer un site comme « à filtrer », mais le gouvernement qui en décidera, à sa discrétion,e t avertira les fournisseurs d’accès. Court-circuitage de la justice : l’Etat décide seul de ce qui doit, en France, être lisible ou pas sur internet ! Comme en Chine, en somme.
A ce propos, et cinquième aveu, les Renseignements Généraux auraient une liste de 385 « sites pédophiles » à filtrer. D’abord c’est quoi un site pédophile ? C’est un site attiré sexuellement par les enfants ? On pourrait parler de sites pédo-pornographique, mais il est possible que ce ne soit pas vraiment uniquement la pédopornographie qui est visée à dire vrai. Or donc, 385 sites : depuis le temps que les dames patronnesses, présidentes d’association de défense du slip des pitizenfants nous bassinent avec leurs « 300 000 sites pédophiles et ça augmente exponentiellement »… de 300 000 sites, on pase à 385. C’est clairement la montage qui accouche de la souris. Et on apprend qu’on s’était donc bien fichu de nous avec cette histoire de centaines de milliers de sites. Les associations de défenses des pitizenfants et autres lobbyistes de la théorie du grand complot pédo-nazi sur internet ont fait long feu ! Et de cinq donc.
Au fait, 385 sites, c’est bien, mais sur combien ? Difficile d’estimer la taille exacte du web, mais on peut l’estimer grâce à des moteurs comme Yahoo et Google, qui ont arrêté de compter après les premiers dizaines de milliards de pages. En 2005, Yahoo avait indexé près de 20 Milliards de pages. Il semble donc que parler de 38,5 Milliards de pages au total, aujourd’hui, soit une estimation raisonnable. 385 sites sur 38,5 Milliards de pages, c’est donc mettre en place un firewall à la chinoise pour un site web malsain sur 100 Millions de sites sains. Ou pour la faire en pourcentage, pour 0,000001% du web. Sixième aveu.
Encore plus énorme ! On apprend que sur ces 385 sites, 95% sont hébergés à l’étranger… cela veut dire qu’il y en a donc 5% qui sont hébergés en France ! Autrement dit : il y aurait des sites pédophiles connus des services de renseignement généraux, reconnus comme pédophiles, localisés, sur le territoire français, mais… personne ne les fait fermer ! On va les filtrer, mais on ne les ferme pas ! Cela peut signifier deux choses :
- Soit ces sites sont bel et bien illégaux (pédopornographie) et alors on se demande ce qu’ils font encore hébergés sur le sol français ! Il n’est tout de même pas bien compliqué de toquer à la porte d’un hébergeur français avec une commission rogatoire et de demander de débrancher la prise. Et il n’existe aucun hébergeur français qui fera de la résistance si le site est effectivement illégal. Je me demande donc ce qu’attendent les brigades anti-cybercriminalité pour faire fermer ces sites et poursuivre leurs auteurs. Ils en ont arrêté d’autres pour bien moins que cela. Septième aveu et non des moindres.
- Ou alors la réalité est que ces sites sont légaux, et qu’il ne s’agit pas de pédopornographie ! Il s’agit de sites légaux, mais qu’on va filtrer quand même parce qu’ils déplaisent aux renseignements généraux. L’info n’est pas neuve : Dans une conférence donnée en 2007 aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Amiens, Benjamin Bayart, spécialiste en réseaux et télécoms (président du plus ancien fournisseur d’accès internet vivant de France), expliquait qu’il était déjà arrivé que les R.G. « demandent en loucedé » aux fournisseurs d’accès à internet de filtrer les sites de dissidents, non-pas parce qu’ils font quelque chose d’illégal, mais simplement parce que tous ces gens qui dissident, ça fait chier !
Il semble possible que cela soit ce qui se prépare. « Et pourtant, elle tourne » sera-t-il filtré parce que nous refusons de hurler avec les loups quand il est question de pédophilie ? Allez savoir ! Il est possible aussi que la cible soit un certain nombre de sites de discussion pour pédophiles et autour de la pédophilie, qui ne contiennent rien d’illégal (pas d’images, rien) mais qui tiennent un discours, il faut bien le dire, déplaisant pour la population et le gouvernement : ce discours, je ne vous le reproduirais pas dans ces lignes. Et mon propos n’est pas de le juger. Mais à partir du moment où ces sites sont légaux, les filtrer représente ni plus ni moins qu’une forme de censure politique ! Benjamin Bayart avait prévu, mais à l’époque ça se faisait en douce. Maintenant le gouvernement l’admet plus officiellement : La France s’apprête à censurer des sites légaux parce que les propos déplaisent ! Huitième aveu !
Evidemment, chacun sait que s’il n’y a que 385 sites « filtrables », ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de pédopornographie sur internet. C’est essentiellement parce que cela fait bien longtemps qu’elle se distribue via d’autres protocoles internet que les sites web. Peer to peer, discussion en direct (IRC), réseaux cryptés (Freenet), newsgroups… bref tout sauf le « worldwide web » ! Vouloir filtrer des « sites » pour lutter contre la pédopornographie, c’est un neuvième aveu : celui que le Ministère de l’Intérieur n’y connait strictement rien au fonctionnement d’internet et au sujet sur lequel il la ramène !
Dixième et dernier aveu : si vous croyez qu’il n’y a que la pédopornographie qui est visée, vous rêvez tout debout : Nadine Morano elle même parlait de sites pédopornographiques « ou illégaux », et aussi de restreindre l’accès à des sites « à risque mais non-illégaux » : encore la censure politique qui s’annonce (filtrer des sites non-illégaux, c’est osé !). Mais c’est aussi assez évident : il y a bien des sites illégaux quoique non-pédopornographiques, tels que par exemple… les sites qui diffusent illégalement des contenus protégés par le droit d’auteur. Autrement dit, il s’agirait assez vite de filtrer aussi tout ce qui a trait au piratage. C’était le sens de l’article L331-22 de la loi HADOPI contre le piratage de musique sur internet (dit « Loi Olivennes ») : retoqué par le conseil d’Etat, cette mesure pourra donc revenir dans une nouvelle loi, cette-fois ci sous prétexte de sauver les pitizenfants contre les affreux pédo-nazis ! Et de dix aveux !
Voilà bien dix preuves que cette histoire de « filtrage du web » est une vaste fumisterie. Voilà donc bien dix aveux qui font tâche.
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