Garde à vue : Mettre fin à la zone de non-droit

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En ce moment, le débat fait rage sur le sujet de la garde à vue. Étonnant dans un pays a priori porté sur l’ultra-répressif, il semblerait que de plus en plus de gens se rendent compte qu’en pratique, dans la vie, il n’y a pas d’un côté les méchants très méchants, qui vont en garde à vue et en prison parce qu’ils l’ont bien mérité, et de l’autre côté les gentils très gentils, qui n’auront jamais affaire à une garde à vue.

La réalité, en effet, c’est environ 800 000 gardes à vues par an en ce moment (1). Et une augmentation vertigineuse du nombre de celles-ci. A cette vitesse, certains estiment qu’une personne sur deux subira au moins une garde à vue dans sa vie.

Et du coup, petit à petit, certains découvrent que oui, ça arrive même aux meilleurs ou aux enfants des meilleurs de faire une bêtise, ou d’être simplement accusé à tort d’avoir fait une bêtise, et de subir les joies de la garde à vue.
Cela s’inscrit dans un contexte plus juridique, celui de la condamnation de la Turquie par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour ses méthodes de garde à vue… problème : leurs gardes à vue fonctionnent exactement comme les nôtres, voire un peu mieux. En particulier, est reproché l’absence d’une réelle assistance d’un avocat. Ça tombe bien, chez nous non-plus, les avocats n’assistent pas leurs clients en garde à vue !

Oh bien-sûr, on peut voir un avocat, environ 30 minutes par tranche de 24 heures (et encore, pas pour certaines infractions en bande organisée, par exemple pour peu que trois mômes fument un joint et que l’un d’entre eux en revendent, on est dans cette situation). Mais celui-ci n’a quasiment aucune info, pas accès au dossier, ne peut assister son client pendant les interrogatoires. Bref, il n’a quasiment aucune possibilité d’assister son client en pratique : exactement ce que condamne la CEDH !

De l’autre côté, les syndicats de policiers hurlent à la cabale et au harcèlement – les pauvres biquets (2-3) – et le gouvernement freine des deux pieds pour appliquer une vraie réforme de la garde à vue, tout en sachant qu’il va bien falloir régler la question des avocats en garde à vue, car la condamnation de la France ne va plus trop tarder.

A les écouter, nos gardes à vues sont certes parfois utilisées un peu rapidement, mais après tout ce ne serait pas si méchant, et puis ce serait indispensable pour protéger les bonnes gens des grands méchants. Et aussi… pour protéger les droits de l’homme ! Non, vous ne rêvez pas ! On va vous mettre en garde à vue pour vous protéger.

Il faut pourtant bien dire ce qui est : la garde à vue est une horreur, une aberration, un furoncle du système judiciaire indigne d’un état de droit. Il faut mettre fin à la version actuelle de la garde à vue, et la réformer en profondeur.

Rappelons en effet qu’à l’heure actuelle, la garde à vue, c’est jusqu’à 48 heures (96 en cas de bande organisée [4]) – ou 24 heures pour les mineurs (5), seul face à plusieurs policiers, possible dès l’âge de 13 ans, pour des soupçons toute infraction quelle qu’elle soit, sans l’assistance d’un avocat, sans enregistrement en cas de délit ce qui laisse une bonne place à l’arbitraire. C’est aussi l’utilisation quasi-systématique des menottes, même avec les mineurs, même quand ils ont 13 ou 14 ans. Et des interrogatoires, entrecoupés de temps de repos dans des cellules souvent insalubres et dégueulasses, dans lesquels quiconque oserait faire dormir un chien serait immédiatement attaqué en justice par la SPA. En guise de lit, une plaque de béton. Parfois une couverture plus ou moins propre, et avec un peu de chance des WC à la turque, au sein même de la cellule bien-sûr. Il n’est pas rare de rencontrer, par exemple, une flaque d’urine laissée par un précédent occupant.

Les interrogatoires, parlons-en. Contrairement à ce que les légendes urbaines peuvent laisser entendre, les violences physiques sont relativement rares, sans pour autant être inexistantes (comme le confiait cyniquement en off un policier, « la Convention de Genève, elle engage ceux qui l’ont signé. Moi j’ai rien signé. » – tout un programme).
Les violences psychologiques, elles, en revanche, sont la norme.

Bien entendu, je vois d’ici le Schtroumpf, Synergie et autres SNOP pousser des cris de vierges effarouchées. « Comment donc mais pas du tout, jamais de violence psychologiques, seulement des méthodes pour déstabiliser un peu les accusés c’est tout ».
Bon alors soit, listons quelques unes des méthodes habituelles de la police ou de la gendarmerie en garde à vue, et chacun jugera de ce qu’elles représentent ou pas des violences psychologiques :

- Une garde à vue commence généralement par une interpellation à 6 heures du matin, quand les personnes dorment encore, histoire de les avoir au saut du lit. Elle se fait avec le plus grand nombre de policiers possible (il n’est pas rare qu’ils soient 15, « question de prendre l’ascendant psychologique », confiait un autre policier).

- Les interrogatoires sont généralement musclés. Les coups de gueules et hurlements sont nombreux. Les menaces de violence, quoique rarement mises en action, sont une réalité. Les insultes, dans certains types de délits (moeurs en particulier) sont courantes. Quand il ne s’agit pas carrément d’incitation au suicide (je met à la disposition de qui ça intéresse un témoignage allant en ce sens).

- Chaque parole, chaque mot, est disséqué. Il s’agit de faire dire à la personne ce qu’elle n’a pas dit. L’avocat Maître Mô faisait un long extrait (6), certifié exact à la virgule près, d’un tel interrogatoire, voici un court extrait :

- Elle, elle vous accuse de l’avoir violée ? Vous comprenez bien, c’est le motif de votre placement en garde à vue ?
- C’est impossible, elle n’est pas… Elle n’a pas pu vous dire ça, elle n’est pas folle !
- Pourquoi dites-vous qu’elle n’a pas pu me le dire et qu’elle n’est pas folle ?
- Parce que je la connais, c’est l’une de mes élèves… Parce que c’est faux, archi-faux, je n’ai jamais violé personne, ni elle ni personne, jamais !
- Je vois que vous avez une écorchure à la main, que vous est-il arrivé ?
- Quoi ? Ah, ça ? Euh, je ne sais… Ah, si, en mettant du bois à côté de la cheminée, l’autre jour…
- Quand ?
- Euh, je ne sais plus… Hier ?
- L’autre jour ou bien hier, Monsieur Caron ?
- Mais… Hier, je crois, franchement je ne sais plus.
- Quelle est la composition de votre famille ?
- J’ai deux enfants, David et Louise, que j’ai eu avec mon épouse, que vous avez vue tout à l’heure, Manu, enfin, Emmanuelle, on vit tous ensemble, rien de…
- Elle m’a paru très jeune, votre épouse, par rapport à vous, non ?
- Oui, c’est vrai, elle est plus jeune que moi de douze ans. C’est une ancienne élève, j’étais son prof quand elle était en Première.
- Vous aviez des relations amoureuses avec une élève de Première ?
- Non, je n’ai pas dit ça : elle est tombée amoureuse de moi à l’époque, mais je ne l’ai su que bien plus tard, elle était étudiante quand nous -enfin, quand on s’est rencontrés vraiment…
(…)
- Quel âge exact avait Manu quand vous êtes sortis ensemble ?
- Je ne sais plus, une vingtaine d’années…
- Vous vous sentez attiré par les femmes plus jeunes ? C’est une motivation par rapport à votre métier ?
- Mais ça ne va plus, non ? Je suis prof parce que j’ai toujours voulu être prof, j’aime ça, j’aime enseigner, ça n’a rien à voir, ça n’a JAMAIS rien eu à voir avec une « attirance » à la con, je ne vous permet pas de…
- (Mentionnons que nous rappelons à Monsieur Caron que nous enquétons sur des faits de viol, et qu’il doit demeurer courtois.) Calmez-vous, Monsieur Caron, vous n’avez rien à me permettre ou pas, je ne suis pas une de vos élèves, je vous pose seulement des questions. Avez-vous selon vous une attitude différente avec les filles et les garçons, en classe ?
- Absolument pas.
- On leur posera la question, vous savez…

etc. etc. Ce petit jeu peut durer des heures. Je vous invite d’ailleurs à lire le texte en entier sur le blog de Maître Mô. Pour un interrogatoire. Une garde à vue de 48 heures peut contenir beaucoup d’interrogatoires de ce genre.

- Certaines méthodes pour faire avouer sont carrément déloyales, employant le chantage ou le mensonge. Petit exemple d’arguments employés par les forces de police :
« Vous savez, si vous n’avouez pas, le juge ne sera pas content, vous irez en détention provisoire. Tandis que si vous avouez, la sortie peut se négocier. »
« Si vous n’avouez pas, on va être forcé d’interroger votre femme. Nous la mettrons elle aussi en garde à vue. » (7)
« Vous devriez avouer, ce n’est pas si grave ce que vous avez fait. Vous savez, on a vu tellement pire… le juge saura se montrer clément. Mais si vous avouez pas par contre, là, ça prouve que vous n’avez aucun remords, alors la justice sera sans pitié. »
Toutes ces méthodes sont prévues pour confondre les coupables… mais aucune mesure n’est prise pour éviter de confondre un innocent. Et le risque que la personne, bien qu’innocente, avoue pour protéger une personne aimée ou pour ne pas dormir en prison, est grand.

- Citons encore la méthode de la privation d’accès aux toilettes. Ou encore la privation de sommeil, qui consiste, lorsqu’on passe 48 heures avec un détenu, à l’interroger toute la deuxième nuit durant, si possible après l’avoir envoyé se coucher en début de soirée, pour l’avoir réveillé un peu plus tard. La personne ayant très peu dormi la première nuit (généralement), sera alors dans le gaz toute la deuxième nuit pendant qu’elle sera interrogée, ce qui la rend particulièrement suggestible.

- Rappelons l’utilisation quasi-systématique et abusive des menottes (8), y compris pendant les interrogatoires. Certains policiers ou gendarmes trouvent malin d’y rajouter une notion d’inconfort voire de douleur en les serrant démesurément.

- Rappelons également l’habitude de la fouille à nu, « pour vérifier qu’il n’y a pas de drogues cachées dans les fesses » (même quand la personne est interrogée pour vol – desfois qu’il cache une paire de chaussures volées dans les fesses, sans doute).

On ne trouve pas forcément la totalité de ces méthodes dans une seule garde à vue, mais il est bien rare qu’on n’en trouve aucune. Avec ce genre de mesures, on comprend mieux le nombre d’aveux obtenus en garde à vue qui entraînent une rétractation immédiatement après devant le juge. On comprend mieux pourquoi plusieurs accusés d’Outreau ont tout avoué en garde à vue, pour être innocentés par la suite.

Et les mineurs ne sont pas épargné (5). Dès treize ans, ils peuvent subir ce genre de violen… pardon, de « méthodes pour déstabiliser ». Y compris la fouille à nu d’ailleurs. Vous je sais pas, moi, forcer un mineur de 13 ans à se déshabiller, j’appelle ça une agression sexuelle aggravée et c’est punis de 7 ans d’emprisonnement, en principe.

On a déjà vu, par exemple, un môme de 13 ans passer près de 24 heures en garde à vue, y compris une nuit dans les locaux insalubres de la PN, pour avoir joué à touche-pipi avec ses cousins : la tantine choquée avait prévenu la police, qui n’avait pas trouvé mieux à faire que de retenir le gamin 24 heures, sous le régime de la garde à vue. Tout ça, d’ailleurs, pour conclure sur une alternative aux poursuites (obligation de suivi psy, pour le soigner de sa « perversité » – moi j’ai personnellement eu l’impression que tous les adultes qui étaient intervenus dans cette affaire étaient infiniment plus pervers et malsains que le gamin, mais bon, c’est un autre débat…). Récemment, on a encore vu une jeune fille de 14 ans prise au saut du lit et conduite en pyjama en garde à vue, où elle aura été retenue 8 heures.

On pourrait citer également Maître Eolas, grand avocat connu de la blogosphère, qui déclarait avoir récemment visité un gardé à vue de quinze ans accusé d’avoir… fait un croche-pied à un camarade à la sortie du collège, son camarade s’étant sorti sans une égratignure. « Violence sur mineur de quinze ans à proximité d’un établissement scolaire » : un délit passible de 5 ans de prison (2,5 avec l’excuse de minorité). (8)
Les exemples de ce genre ne manquent pas…

Le tout se produit sans témoin, sans contrôle, souvent sans enregistrement,  sans avocat, et c’est tout juste si les procureurs sont au courant (ils sont prévenus de chaque garde à vue mais, selon leurs propres aveux, « Bien évidemment, le procureur de permanence ne [se] rend pas compte au bout d’un heure et quart [de la présence d'une nullité due au fait que le procureur n'a pas été prévenu en temps et en heure], mais bien plus longtemps après. Je vous rappelle qu’il n’a pas à traiter une seule affaire dans le cadre de sa permanence, mais une bonne centaine.  » (9) Voilà le pseudo-contrôle des gardes à vue exercé par les magistrats.

Voilà la machine à fabriquer des traumatismes, chez les majeurs comme chez les mineurs, chez les coupables comme chez les innocents. En soi, une garde à vue est sans doute encore plus traumatisante qu’un séjour de même durée en prison.

Il est donc plus qu’urgent de la réformer. Et pour de vrai ! Qu’on arrête avec les demi-propositions du genre « voire l’avocat toutes les 12 heures et lui donner accès au dossier sur la fin », ou « limiter la garde à vue aux délits passibles de prison » (10) (ils le sont quasiment tous : voler un carambar dans un supermarché, c’est déjà 3 ans de prison).

Aujourd’hui, il n’y a pas à tergiverser, pas à négocier. Quiconque aime un tant soit peu les droits de l’homme, quiconque veut que la France soit un bel État de Droit, se doit d’accepter au minimum les propositions suivantes :

- Les gardes à vues ne devraient plus être possibles pour les délits punis d’une peine de prison inférieure à 5 ans. Si ce n’est « inférieure ou égale ». Cela implique entres autres la fin des gardes à vue pour outrage et/ou rébellion.
- Les interrogatoires de gardes à vues devraient se dérouler intégralement en présence d’un avocat. Si une personne n’a pas d’avocat, comme c’est souvent le cas à ce stade, il doit pouvoir s’en faire commettre un d’office.
- L’avocat ou l’accusé devraient pouvoir demander l’enregistrement intégral de tous les interrogatoires de garde à vue.
- Des règles draconiennes d’hygiène et de respect de la dignité devraient s’appliquer aux cellules des gardés à vue : propreté, accès aux WC dans des conditions décentes, couvertures propres, conditions d’aération. L’absence de telles cellules devrait entraîner le report de toute garde à vue.
- Les gardes à vues devraient être impossibles pour les mineurs de moins de 16 ans, et limitées à 12 heures pour les mineurs âgés de 16 à 18 ans. Elles devraient être limitées à 24 heures pour les majeurs, et éventuellement à 48 heures dans des affaires de terrorisme (ne croyez pas que défendre les droits des « terroristes » est sans importance : un terroriste, ça peut être Ben Laden, mais ça peut aussi être Julien Coupat).
- Les gardes à vues devraient se dérouler sur le contrôle d’un vrai magistrat indépendant, du genre Juge des Libertés et de la Détention, plutôt que sous le contrôle de l’autorité de poursuite (procureur).
- Les gardés à vue devraient se voir systématiquement notifier expressément leurs droits, y compris celui de garder le silence et de demander l’assistance d’un avocat gratuit.
- De même que la garde à vue de mineurs de moins de seize ans doit être proscrite, la retenue policière pouvant aller jusqu’à 24 heures chez les enfants de 10 à 13 ans doit bien entendu être elle aussi supprimée. Il ne devrait pas être permis de priver de liberté, a fortiori sur action policière, un enfant de moins de 13 ans. Et qu’on ne vienne pas nous dire que les enfants de 10 ans sont des grands dadais d’1m80 qui tabassent des vieilles dames à longueur de temps. Surtout quand on voit à quoi servent ce genre de mesures…

Dans ces conditions, et dans ces conditions seulement, le SNOP et le Schtroumpf (et Alliance et Synergie) auront le droit de crier à la cabale et jurer grands dieux d’être d’insoupçonnables serviteurs de la justice. (3)
Dans ces conditions, et dans ces conditions seulement, on pourra apporter un quelconque crédit aux aveux obtenus en garde à vue, et cesser de craindre que comme à Outreau, l’aveu provienne d’une personne innocente mais suffisamment pressurisée pour avouer n’importe quoi.

Dans ces conditions, et dans ces conditions seulement, la garde à vue retrouvera toute sa légitimité et pourra être considérée comme un instrument d’enquête judiciaire approprié et acceptable pour le pays des droits de l’homme.

Nelson, 14 ans, mort pour rien – Un an avec sursis pour son meurtrier

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Un an de prison… avec sursis. C’est donc le prix de la vie d’un enfant. Pour un policier, du moins, car si l’individu avait été citoyen ordinaire, on l’imagine mal s’en sortir sans prison ferme, quand on voit ce que certains ont fait pour se retrouver en prison. Un an de prison avec sursis pour le meurtrier de ce garçon.

Et pourtant, on aura beau dire : Parler d’accident est un peu facile.
D’accord, d’accord, on imagine bien que ce policier n’a pas fait exprès de renverser et de tuer le jeune Nelson, 14 ans – puisque c’est de cela dont il s’agit.

Mais qu’on ne nous dise pas qu’il n’a pas fait exprès de rouler à 73km/h, en pleine agglomération, un après-midi, sans sirène, sur une route limitée à 50km/h, doublant des voitures à l’arrêt, passant sur un passage piéton, certains affirmant même : grillant un feu rouge. Et le tout, sans qu’aucune mission à caractère d’urgence ne vienne justifier ce comportement.

Qu’on ne nous dise pas non-plus qu’un conducteur, policier de surcroît, ignorait qu’une voiture peut tuer, et qu’une conduite irresponsable en pleine agglomération augmente gravement les risques.

A partir de là, je vois mal comment on peut lui trouver des excuses, et pour reprendre les propos d’un petit président qui nous avait fait sa campagne présidentielle sur le ton du « tolérance zéro », et du « les victimes avant tout », le fait d’être policier est une circonstance aggravante, et non pas une circonstance atténuante. Les victimes de cette affaire, avec ce jugement, apprécieront…

Il faut dire que ce policier y a échappé belle. Il n’a fait que tuer un enfant, en voiture de surcroît… Nul doute que pour tout un tas d’autres actes subis par le même enfant, ou commis par quelqu’un d’autre, la peine aurait été différente :

- Imaginons par exemple qu’un jeune banlieusard mineur, par rébellion, par bêtise ou pour se faire mousser auprès de ses copains, incendie un bus, sans vouloir tuer personne, mais que Nelson, malheureusement, n’arrive pas à s’échapper en même temps que les autres et se retrouve gravement brûlé, bien que survivant. On est dans le même cas : un acte qui n’a pas pour but de tuer, mais qui est irresponsable et dangereux. Nelson aurait survécu, toutefois, et l’auteur est mineur (et pas policier). Ce sont deux circonstances atténuantes.
Hébien dans une telle histoire, il aurait pris 9 ans de prison. Ferme.

- Imaginons par exemple qu’un prof de sport, visiblement attiré par les mineurs, ait des rapports sexuels avec certains de ses élèves, sans penser à mal, peut-être même sans faire vraiment de mal vu le soutien reçu de la part de certains élèves eux-même, mais peut-être blessant involontairement certains. Imaginons que parmi les enfants heurtés psychologiquement se trouvât Nelson. Même cas de figure : un comportement qui ne pense pas à mal, mais irresponsable au sens où il n’a pas mesuré les conséquences, et qui a finalement fait du mal à autrui. Nelson aurait toutefois largement survécu à l’événement. Mais l’auteur aurait pris 8 ans de prison. Ferme.

Deux crimes, deux actes irresponsables commis par des gens qui ne pensaient pas à mal, qui n’ont pas voulu tuer (et qui n’ont pas tué d’ailleurs), mais dont les conséquences de leurs actes stupides et dangereux ont été terribles. Exactement comme un policier stupide qui roule comme un goret et propulse violemment un engin de mort sans raison valable… et tue un enfant. Sauf que les deux actes susmentionnés, eux, ils ont été sévèrement punis.

Et je ne parle même pas de ces jeunes qui ont commis le crime suprême d’avoir insulté Nicolas Sarkozy… 4 mois ferme !

Mais là, c’est très différent ! Ces policiers ont seulement tué un enfant ! C’est beaucoup moins grave, apparamment… En tout cas c’est punis sans prison. Il est vrai que prendre la vie d’un enfant, c’est tellement moins grave que les actes mentionnés précédemment…

Il existe, malheureusement, un article du Code Pénal (le 434-25) qui interdit de « jeter le discredit sur une décision de justice », et qui donc m’empêche de dire ce que je pense de cette décision de « justice ».
Contentons nous, alors, de dire que les magistrats ont, ce jour, décidé d’officialiser définitivement le fait qu’il existe une justice à deux vitesses, sinon plus, selon qu’on soit policier ou pas, et même, selon qu’on tue un enfant ou pas.

Un mot : Abject.

Résumé du Rapport Léger : Des affaires d’Outreau en perspective

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C’est aujourd’hui que le Comité Léger (du nom de son directeur Philippe Léger, ancien magistrat) rendait son rapport sur la réforme de la procédure pénale en France. Commandée par Sarkozy, elle ne fait en fait que lister ce qu’il exigeait dès le départ.

Résumons rapidement ce que propose ce rapport :

- Quasiment aucun nouveau droit pour la défense. Quasiment aucune nouvelle protection contre la détention provisoire.

Niveau droits de la défense, l’un des seul progrès serait le droit de voir un peu plus son avocat pendant la garde à vue, et qu’il puisse accéder aux PVs d’audition. Mais attention : il n’a toujours pas accès au dossier, et il n’a toujours pas le droit d’assister son client pendant les interrogatoires. Il demeure donc largement inutile.

La durée de la détention provisoire pourrait être revue à la baisse, mais le changement est comestique, et sera modifié à la hausse au premier fait divers.

Voilà pour les droits de la défense. Pour tout le reste, c’est surtout du droit de l’accusation. Jugez par vous-même :

– Une enquête entièrement menée par l’autorité de poursuite, c’est à dire par l’individu dont la fonction même est de chercher à faire condamner parce qu’il croit à la culpabilité.

C’est en effet la mesure phare du Rapport Léger : la mise à mort du juge d’instruction, qui sera remplacé par le Procureur pour mener son enquête. Le truc, c’est qu’un juge d’instruction était censé instruire à charge et à décharge. Souvent il s’en sortait mal et instruisait très largement à charge.

Mais qui peut croire que le procureur sera meilleur de ce point de vue là ? Culturellement et parce que c’est sa mission, le procureur est l’homme qui accuse, l’homme qui charge. Il est évident qu’il ne pourra instruire qu’à charge parce que c’est sa fonction première.

- Il n’y a donc plus personne pour mener d’enquête « à décharge » :

C’est à dire que quand une enquête aura lieu, on cherchera tout ce qui est susceptible d’accuser l’individu, mais il n’y aura rien ni personne pour tenter de prouver son innocence. L’avocat pourra bien demander à un juge de l’enquête et des libertés de bien vouloir demander au procureur de bien vouloir faire des efforts, mais les effets sont limités. Du reste, il faudra un bien bon avocat, qui s’occupe beaucoup de son client (exit les commis d’office et les avocats payés par l’aide juridictionnelle).

Enfin, nombre d’avocats n’oseront pas trop recourir à cette possibilité par peur de paraître arrogants et pinailleurs, et d’empirer la situation de leur client en le faisant haïr de la magistrature. Un travers déjà courant dans le modèle actuel, qui ne fera que s’empirer.

- Il n’y aura plus de secret de l’instruction.

A défaut de secret de l’instruction, toutes les infos pourront fuiter dans les médias, car le contenu de l’enquête en cours ne sera plus secrète. Les médias pourront donc créer une pression médiatique énorme, et désigner les coupables avant même qu’ils ne soient jugés. On pourra voir des emballement médiatiques terribles créés par une fuite de la partie civile qui dévoilera tel ou tel élément bien choisi, même non-vérifié.

Par exemple, nous pourrons revoir, parfaitement légalement et puissance 1000, ce qu’on a vu quand La Voix du Nord faisait état d’enfants assassinés et enterrés après avoir été violés dans des orgies de notable, au début des années 2000, dans ce qui allait devenir l’affaire d’Outreau. Il s’agit pour le rapport Léger de valider ce principe, de le légaliser, pour permettre qu’il se développe à son plein potentiel.

==> Nous avons donc, dans ce rapport Léger sur la réforme de la procédure pénale (et de l’instruction), la formule parfaite pour créer des centaines de nouvelles affaires d’Outreau chaque année. CQFD.

Prison de Fleury-Mérogis – Et les mineurs aussi…

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Des détenus ont réussi à faire entrer illégalement une mini-caméra dans la prison de Fleury-Mérogis. Il s’agit d’une Maison d’Arrêt, qui accueille donc les courtes peines et les gens en détention provisoire, coupables ou pas. Comme vous allez le voir, « accueillir » est un bien grand mot pour parler de ce lieu dont on a du mal à ne pas trouver un air de ressemblance avec Abou Ghraïb. Je vous laisse seul juge…

Oui, ça, c’est la France, pays des droits de l’homme (qu’ils disent, sans rire). Mais ce que vous n’entendez pas, dans ces vidéos, ce sont les cris des mineurs. Car la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis dispose bel et bien d’un quartier mineur, comme je vous en avais parlé dans un article précédent. Voilà, donc, où la justice, place des enfants de 13 ans – bientôt 12 si les propositions du rapport Varinard sont adoptées.

C’est que, la justice est toujours prompte à donner de belles leçons aux adultes qu’elle reçoit pour des faits d’atteinte sexuelle, par exemple. Ca, quand un homme a fait des galipettes avec une gamine ou un gamin de 13 ans, fut-il parfaitement consentant, la justice est prompte à donner des leçons sur le « traumatisme » infligé aux « victimes », et sur la gravité de l’acte « car ils en porteront les séquelles toute leur vie ».

Mais cette même justice envoie des mômes de 13 ans sans état d’âme dans cet endroit, comme s’il n’était pas traumatisant, comme s’il ne laissait pas des séquelles à vie. Nous n’entendons pas dans cette vidéo les cris des mineurs de 13 ans (bientôt 12). Et c’est tant mieux, parce qu’à cet âge, tous n’ont pas mué. Et dans un endroit pareil, le cri perçant de la voix d’un garçon qui n’a pas mué, il y a de quoi glacer le sang…

Pourtant disons-le sans détour : quiconque fait subir cela à un enfant de 13 ans, ou quiconque se réjouit simplement du fait que des enfants de 13 ans s’y trouvent, avec l’horreur et le traumatisme que cela suppose, n’a pas une once d’humanité supplémentaire, et ne vaut pas plus qu’un vulgaire Marc Dutroux.

Le deuxième aveu confirmé par Interpol : on ne cherche pas à protéger les enfants !

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Dans mon billet précédent, j’expliquais qu’involontairement, le Ministère de l’Intérieur avait avoué un certain nombre de choses. Et notamment que si on veut protéger les pitizenfants de la pédopornographie, c’est parce qu’ils ne sont pas les derniers à la rechercher… voire à la fabriquer.

C’est dans un article du journal Irlandais Independant.ie (vous savez ? les irlandais : ceux qui ont l’outrecuidance de voter pour ce qu’ils veulent au lieu de voter pour ce qu’on leur dit), que l’on apprend l’information, une véritable petite bombe qui gagne à être connue en France :

« CHILDREN as young as 10 years of age are taking sexually explicit pictures of themselves before uploading them onto the internet — according to Ireland’s leading Criminal Intelligence Officer at Interpol. »

En français : Des enfants âgés de parfois seulement 10 ans prennent des photos à caractère sexuels d’eux-même avant de les envoyer sur internet – selon l’officier en chef chargé du renseignement sur le crime de la branche irlandaise d’Interpol.

Et de détailler : « Everything from posing naked to actual sex acts on web cams. We are seeing a lot more self-produced child pornography to the extent that self-taking child abusive material is one of our biggest problems at the moment. »

Ce qui signifie que ces jeunes, qui vont de se montrer tout nu jusqu’à réaliser des actes sexuels devant leur webcam, représentent l’un des plus gros problème des gouvernements – et d’Interpol – en ce moment.

Je vous laisse découvrir l’article complet, qui est cité en référence (comme d’habitude – vous savez que je n’ai pas l’habitude d’affirmer des choses au hasard), et qui est une véritable perle. On y apprend donc que la pédopornographie, ce n’est plus, contrairement à ce qu’on nous avait affirmé pendant des années, des enfants victimes de viols affreux par des adultes, lesquels viols seraient mis en ligne par ces mêmes adultes.

Non, la pédopornographie, « l’un des plus gros problème d’Interpol en ce moment », ce sont des jeunes qui prennent par eux-même l’initiative de se montrer nu et de se tripoter devant leur webcam.

Quel est le danger ? Juridique d’abord : « c’est de la pédopornographie » : on comprend mieux pourquoi en France, on s’est à ce point acharné sur les pauvres gamins de 11 ans qui avaient eu le malheur de se filmer en train de jouer à touche-pipi avec la petite soeur : s’ils ont été arrachés à leur famille, mis en examens et placés en garde à vue, ce n’est pas pour défendre la petite soeur comme on nous l’avait prétexté : c’est pour défendre la loi et l’ordre moral ! Cela se confirme par la mise en examen de trois adolescents qui ont eu l’outrecuidance de faire tourner dans la cour du collège la vidéo de leurs ébats avec une fille du collège dont la police avoue ouvertement qu’elle était consentante ! Ce n’est donc pas pour protéger les enfants, d’ailleurs si l’on voulait protéger les enfants d’un traumatisme, on leur épargnerait la garde à vue et la mise en examen : il s’agit uniquement de protéger l’ordre moral !

L’ordre moral, parlons-en : c’est évidemment le deuxième problème que pose ce nouveau genre de pédopornographie (pas si nouveau, en fait). Et l’article irlandais est très clair là-dessus : c’est essentiellement un problème moral. C’est mal parce que c’est mal !

Il n’est donc plus question, pour Interpol, de « défense des enfants » – et les politiques d’Interpol sont définies par les gouvernements qui le composent. Et pour cause : cette pédopornographie est créée à l’initiative des enfants, et cela commence à se savoir, mine de rien, que la masturbation (même devant une lentille de webcam), ne rend ni fou, ni sourd. On pourrait essayer de nous faire croire qu’elle ne rend pas fou mais traumatisé : mais ça risquerait de se voir, que c’est juste une version moderne d’un discours vieux d’un peu plus d’un siècle et qu’on pensait tombé en désuétude.

Non, il est désormais uniquement question de défendre la loi et les bonnes moeurs, quitte à ce que les enfants eux-même soient considérés comme les coupables de ces affronts.

« Cachez ce zizi de pré-adolescent que je ne saurais voir ! », tel est le crédo de nos gouvernements. Et avec celui-là, un autre : « Kids, don’t do this at home, sinon vous irez en enfer prison. » Il n’est absolument plus question de sauver les enfants de quelque danger que ce soit : exclusivement de protéger la société contre le risque de voir quelque chose qui lui déplait.

On conçoit donc de mieux en mieux ce qui s’impose comme une évidence : nous ne défendons plus les enfants, nous défendons l’Ordre Moral. La soi-disante défense des enfants a fait long feu.
Car cet article est la preuve – s’il en était besoin – que ce n’est plus des viols d’enfants dont notre société a peur : c’est de toute forme de sexualité infantile.

Pédopornographie : Haro sur les délits de quéquette !

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En Allemagne, c’est pas moins de 12 000 suspects qui sont recherchés pour avoir téléchargé des images pédo-pornographiques. Et des suspects vont être cherchés dans 70 pays : il est clair que la France en fera partie.

La chasse aux pédophiles sur internet est devenu une nouvelle mode, et un emploi à temps complet pour nombre de policiers, payés pour attraper des personnes téléchargeant ou échangeant de la pornographie infantile, selon des méthodes plus ou moins acceptables dans un pays démocratique (utilisation de pièges, notamment, ce qui est une incitation au délit). On les attrape par millier, voire dizaines de milliers : opération Icebreaker, opération Malone, Opération Koala (Europol) et maintenant cette opération allemande. Tout cela nous rappelle l’affaire ADO 71 (700 arrestations, 5 suicides, quelques condamnations pour la forme, une majorité d’innocents) ou plus ancien, l’affaire Toro-Bravo. Il semblerait que le voyeur pédo qui agresse sexuellement sa main droite soit devenu l’ennemi public n°1.

Ainsi que s’exprimait au lendemain du procès d’Outreau Claude Imbert, dans un éditorial du Point (qu’on ne peut accuser de sympathies gaucho-anarchistes et dont la ligne éditoriale est à des kilomètres de la mienne) : « Il y eut des suicides chez des fantasmeurs arrachés à leur Internet et jetés à l’opprobre public comme si leur consommation solitaire d’images en faisait des violeurs quasi patentés. De l’image virtuelle à l’attouchement, de l’attouchement au viol et du viol à l’assassinat, la rumeur publique emboîtait des enchaînements infects. »  Ce n’est pas moi qui le dis : c’est Claude Imbert.

Et en effet, on voudrait nous faire croire que le téléchargeur d’images pornos impliquant des mineurs, c’est l’ennemi de l’enfance. L’idée c’est qu’on va sauver l’enfance (et son slip et sa virginité) en arrêtant quelques milliers de frustrés devant leur ordinateur. On se demande bien combien et quels enfants, concrêtement, ont vu leur vie s’améliorer sensiblement par ces opérations médiatiques de chasse aux sorcières. A l’heure où la sinistrose est sans doute la maladie la plus développée chez les jeunes ados, à l’heure où certains de nos mômes se retrouvent incarcérés, entre 4 murs dans une cellule de 9m² pour deux et où certains s’y suicident, à l’heure où nous détenons le record mondial du stress à l’école,  à l’heure où la police tire sur ses lycéens et où les parents bossent le dimanche pendant que la police s’occupe de leur progéniture, et surtout à l’heure du rapport Versini, il semblerait que l’unique priorité des gouvernements, l’ennemi à abattre, le problème parmi les problèmes, ce soit les frustrés qui se branlent devant leur ordinateur.

Bien entendu, ne voyez là aucune forme de chasse aux sorcières, n’y voyez aucun bouc-émissaire : si on chasse les « branleurs » (c’est le cas de le dire), c’est bien entendu parce qu’ils représentent une menace terrible pour l’innocence de nos enfants – puisqu’on vous le dit ! Et ne venez surtout pas signaler que l’innocence de nos enfants, dès l’âge de 11-12 ans, a été largement remise en question tout récemment – ce serait être mauvaise langue. L’ennemi, c’est le voyeur-pédophile-pervers-sataniste qui-approche-une-boite-en-réseau-du-piratage  -pleine-de-nouvelles-technologies-sexuelles !

Et pendant qu’on fait la chasse aux consommateurs d’images qui traumatisent leur main droite pour soi-disant sauver les enfants, un père poignarde à mort ses trois enfants de 2, 4 et 7 ans suite à une dispute conjugale ! Nan, juste histoire de replacer les choses dans leur contexte… Mais bon, puisqu’il ne consommait pas d’images pédophiles, ça va, la morale est sauve et le slip des enfants aussi.

Ouf, on a évité le pire…

Arrestation de Dasquié : la preuve que nous ne sommes pas en démocratie.

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En préambule, il faut rappeller ce qui s’est passé : Journaliste d’investigation spécialisé dans la raison d’Etat, Guillaume Dasquié a été arrêté, perquisitionné, placé en garde à vue et mis en examen pour avoir fait publier un article dans Le Monde concernant les renseignements que possédait la DGSE peu avant les attentats du 11 Septembre 2001.

Ensuite, pour bien comprendre ce qui s’est passé, le plus simple est de regarder cet extrait d’une émission de France 5, où Monsieur Dasquié lui-même explique la situation en détail :

Ce témoignage instructif est la preuve officielle et définitive que nous ne sommes plus en démocratie. Nous ne sommes plus en démocratie :

  • Parce que la démocratie, ce n’est pas seulement choisir son dictateur tous les cinq ans.
  • Parce que la pierre angulaire d’une démocratie, c’est la liberté d’expression et en particulier la liberté d’informer, et que la base même de la liberté d’informer, c’est celle de protéger ses sources, sans quoi on n’a rapidement plus d’information à transmettre. Ce n’est pas moi qui le dit : c’est la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui l’a rappellé de nombreuses fois à la France en la condamnant.
  • Parce que dans une démocratie, les pouvoirs en place ne font pas pression sur les journalistes et certainement pas dans un cadre illégal comme un maintien arbitraire en garde à vue, et encore moins en faisant du chantage à la détention.
  • Parce que cette affaire prouve que contrairement à une démocratie, la France est un pays où les institutions législatives, exécutives et judiciaires sont mêlées et complices et qu’il n’y a pas de séparation des pouvoirs, la justice obéïssant sagement à la police qui obéït sagement en l’occurence au pouvoir politique, représenté dans cette affaire par Michelle Alliot-Marie, ex-ministre de la Défense et actuelle Ministre de l’Intérieur.
  • Parce qu’une démocratie implique une justice indépendance et impartiale, et que la simple mise en examen de Guillaume Dasquié au mépris du droit européen (dont la Constitution dit qu’il prime sur le droit français, ce que le TGI de Paris ne peut ignorer) est une preuve que ce n’est pas le cas. Le chantage à la détention provisoire est encore plus scandaleux et digne des pires vices de la justice de Poutine aux ordres du Kremlin.

Monsieur le Procureur de la République aura beau jeu prétendre que « En second lieu, le délit de compromission est caractérisé par la seule détention de documents classifiés » : le problème avec son affirmation, c’est que condamner un journaliste pour le recel de documents confidentiels quand ce qui est attaqué est son droit d’informer, c’est illégal à l’égard du droit européen et par voie de conséquence condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, de même d’ailleurs que le fait de pratiquer des perquisitions chez un journaliste.

Aaaah ces empêcheurs de tyranniser et de bâillonner en rond…

Lycéen blessé à Nantes – Quand l’Etat tire sur ses enfants

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On apprend par Libération, notamment de source préfectorale, qu’ « A Nantes, un lycéen de 16 ans, interpellé par la police, a été «grièvement blessé» à l’œil hier lors d’une manifestation contre la loi Pécresse. » Le lycéen a en effet reçu un tir de flashball en plein visage lors de la manifestation.

On aurait pas lu le « A Nantes », on jurerait que la chose s’est passée en Russie, ou à la rigueur aux Etats-Unis : mais non, c’est bien en France que la police tire au flashball en plein visage d’un adolescent manifestant (et pas d’un émeutier en train de brûler des voitures).
Alors que la police se dédouane et que la préfecture minimise les faits, le silence de Sarkozy sur cette affaire est assourdissant malgré la colère des parents.

Que n’aurait pas dit Sarkozy si c’était un policier qui avait été blessé à l’oeil ! Que n’aurait-on pas entendu sur ces « voyous » qui seront « jugés en cour d’assise » parce que c’est « impardonnable », si c’était un policier qui avait reçu un tir de flashball en plein visage !

Que n’aurait-on pas entendu sur la « brutalité » des jeunes si c’était un autre jeune qui avait tiré sur ce lycéen ! Que ne nous aurait-on pas dit sur la « sauvagerie » des jeunes d’aujourd’hui !

A n’en point douter, ce « voyou » qui s’en prendrait à un camarade serait jugé, condamné, et incarcéré : « saletés de jeunes délinquants juvéniles ».

Mais là, c’est un policier le voyou, c’est un policier la brute, c’est un policier le sauvage. C’est un policier qui a tiré au visage d’un adolescent dont il est possible qu’il perde un oeil (le « pronostic est réservé » sur l’oeil de cet adolescent). Alors, silence radio : il ne s’est rien passé, et surtout, il ne faut pas reconnaitre que l’acte est scandaleux.

Et pourtant il l’est !

Car à la fin, quest-ce que c’est qu’un pays qui est obligé de tirer au visage de ses enfants lorsque ceux-ci manifestent parce qu’ils sont inquiets pour leur avenir ? Quest-ce que c’est qu’un pays qui fait perdre un oeil à l’un de ses enfants ? Quest-ce que c’est qu’un pays qui réprime aussi sévèrement l’inquiétude de la jeune génération ?

Lorsqu’un pays tire sur ses enfants parce qu’ils manifestent leur inquiétude, c’est que nous sommes allés très loin dans le conflit des générations, et surtout très loin dans la terreur.

Lorsqu’un pays tire sur ses propres enfants, c’est que nous sommes en train d’installer ni plus ni moins qu’un Etat Policier, et que rarement nous n’avons été aussi loin dans la violence institutionnelle.

On aura beau jeu parler des Racailles et des Voyous de ce pays : en attendant, c’est un Fonctionnaire de l’Etat Français qui a fait perdre un oeil à l’un de ses enfants.

Et l’on reparle du Taser X26, une « forme de torture » selon l’ONU

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Cette fois ci ce n’est plus Olivier Besancenot qui le dit : c’est ni plus ni moins que le Comité de l’ONU contre la torture – encore, sans doute, de dangereux diffamateurs que la société SMP Technologies va s’empresser d’attaquer en justice.

Le pistolet à impulsions électriques Taser X-26 représente « une forme de torture » et « peut même entraîner la mort » : rien que ça. Nos forces de l’ordre ont donc entre les mains une arme non-léthale léthale, dont « l’usage provoque une douleur aigüe, constituant une forme de torture ». Quant au caractère léthal de l’arme mis en avant par Besancenot et attaqué par SMP Technologies – qui du coup va devoir s’expliquer devant le juge et on leur souhaite bon courage – l’ONU note que « Dans certains cas (l’usage de ces armes) peut même causer la mort, ainsi que l’ont révélé des études fiables et des faits récents survenus dans la pratique ». Au dernier décompte, Amnesty International en serait à environ 300 morts pour l’Amérique du Nord, dont plus de 280 aux Etats-Unis.

On comprend la gène des différents organismes et entreprises qui ont du sang sur les mains lié à l’utilisation du X26, quand on sait que l’arme est utilisée sur des enfants de 11 ou 12 ans aux Etats-Unis et que la même chose ne devrait plus tarder à arriver en France : Il est en effet prévu, dans ce pays, dans le pays des droits de l’homme, d’équiper d’une arme de torture reconnue comme telle par l’ONU la totalité des forces de l’ordre, police municipale y compris : or tout le monde sait que les forces de l’ordre ont le droit de se servir de leurs armes « non-léthales » contre des mineurs, et qu’ils ne se sont d’ailleurs jamais privé de le faire avec les Flashball, comme le prouvait, images et commentaires du policier à l’appui, un reportage de l’émission « 90 Minutes » sur Canal+ difusée le 15 Novembre 2005.

Ainsi donc, nos polices municipales seront bientôt équipées d’engins représentant une « forme de torture qui « peut même entraîner la mort » : ce n’est pas moi qui le dit, ce n’est pas Olivier Besancenot non-plus, ce n’est pas un dangereux complot gauchiste, non : c’est le Comité contre la Torture de l’Organisation des Nations Unies.

Est-il besoin d’en dire plus ?

Pourquoi l’appel à témoin d’Interpol est une mauvaise farce

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Chacun d’entre vous en a entendu parler, nul besoin d’y revenir sinon pour placer le contexte : Interpol a diffusé sur internet et dans tous les médias un « appel à témoin » concernant un pédophile accusé d’avoir eu des rapports sexuels avec des enfants défavorisés du Vietnam et/ou du Cambodge, d’avoir photographié ses ébats et de les avoir posté sur internet. La particularité est que l’on dispose de photos du visage de l’individu, masquée initialement par un effet graphique (un « tourbillon » sur le visage) qui a été annulé avec une précision toute relative par un technicien de chez Interpol.
Cette opération semble, à bien des égards, être une opération purement marketing et politique, une mauvaise farce appliquée soit par un amateurisme effroyable, soit par une mauvaise foi scandaleuse. Les équivoques de cet appel à témoin sont en tout cas nombreuses et je le prouve :

  • Une équivoque concernant les dates : Interpol ne s’en cache pas, ces photos sont anciennes, elles ont plusieurs années de bouteille. Ce qui veut dire qu’entre temps, l’homme a peut-être fait trois opérations de chirurgie esthétique, il s’est laissé pousser la barbe, il a perdu 20 kilos, et est totalement méconnaissable. Peut-être même qu’il est mort entre temps, ou qu’il a été incarcéré, pour des faits similaires ou pas. Personne n’en sait rien et au final nous sommes peut-être à la recherche d’un fantôme. Mais ne vous inquiétez pas : si on ne le trouve pas lui, on en trouvera bien un autre.
  • Ce qui m’amène à un deuxième point, une équivoque concernant le danger de la méthode : Il était évident que le risque de « faux positif » était énorme, et que l’on verrait des innocents dénoncés, d’autant plus que les photos restent très floues et qu’il est donc aisé de « confondre » avec quelqu’un d’autre. Il était même évident que le risque de lynchage, d’un coupable ou de plusieurs innocents, était bien présent. Interpol ne pouvait pas l’ignorer et reconnait ne pas l’ignorer, feignant de croire que dire « nous n’encourageons pas à passer à l’action de vous-même » suffirait de calmer les ardeurs d’une population, alors qu’il y a déjà eu un précédent : un lynchage en Grande-Bretagne du vague sosie d’un condamné dont les tabloïds avaient diffusés la photo. Ce danger s’est d’ailleurs déjà concrêtisé : on apprend qu’Interpol a reçu plus de 200 dénonciations en 12 heures. Alors soit 200 personnes très différentes ont toutes visées justes, soit il y a potentiellement 199 personnes qui sont profondément « dans la merde ».
  • Une équivoque sur le choix de la cible : Pourquoi lui ? Pourquoi cet individu ?? Interpol ne nous fera pas croire que cet individu est le seul à s’être filmé et dont le visage est à peu près découvrable. Ce n’est pas non-plus le seul homme recherché par Interpol pour autant qu’on sache. A-t-il quelque chose de si particulier ? Est-ce le gourou d’une secte sataniste qui sacrifie les enfants lors de cérémonie rituelle ? Ben non, même pas. « Juste » un touriste sexuel : tristement banal, des comme lui il y en a probablement des dizaines de milliers chaque année. Pourquoi de si gros moyens sur lui ?
  • Une équivoque sur le sujet : Le tourisme sexuel ! Aaaaah le tourisme sexuel ! Archétype du mal absolu, puisqu’on parle de pédophilie tout est permis ! Car bien entendu, le tourisme sexuel est ce qui arrive de pire aux enfants du tiers monde, et même en Occident. Cependant que l’Unesco elle-même nous informe qu’aux Etats-Unis, on se sert d’enfants ESCLAVES dans l’agriculture et déplorait des ripostes « timides », voilà qu’Interpol nous lance son plus gros moyen et son plus grand coup de poker pour choper UN touriste sexuel. Le BIT (Bureau International du Travail) nous informe qu’il y aurait 80 Millions d’enfants esclaves dans le monde, mais de cela, Interpol ne dit rien ! Nous pourrions parler des enfants exploités, notamment en Chine pour faire de futurs champions olympiques et dont les photos dont nous disposons montrent un masque de souffrance sur des enfants détruits par la douleur physique et l’épuisement, mais de cela, Interpol ne dit rien ! En ce moment même, des bonzes âgés de pas plus de 10 ans sont probablement en train de se faire fusiller en Birmanie, mais de cela, Interpol ne dit rien ! Non, ce qui compte, ce qui nécessite que tous les journaux du monde se bougent, c’est de choper UN touriste sexuel ! De qui se moque-t-on ?
  • Une équivoque sur la révélation de la méthode et de la recherche : D’abord sur la méthode : il est clair que dorénavant, les producteurs de ces photos sauront qu’il ne faut pas utiliser l’effet « tourbillon » et privilégieront un carré opaque sur leur visage. Comme ça, s’il y avait encore des producteurs qui pouvaient se faire piéger de la sorte, désormais c’est fini. Qui plus est, il ne suffit pas de retrouver un individu qui ressemble vachement à l’accusé : encore faudra-t-il trouver des preuves que c’est bien lui, au minimum en trouvant des éléments compromettant chez lui. Or, maintenant c’est clair, il sait qu’il est poursuivi et prendra toutes les mesures nécessaires pour ne pas qu’on retrouve de preuves : on peut déjà être sûr qu’il a détruit sa collection privée, qu’il a coupé le contact avec les mineurs qu’il pouvait fréquenter, et qu’il va avoir une maison très très clean, sans preuve aucune chez lui. Bon boulot les gars ! Vous auriez voulu détruire toutes vos chances de le faire condamner que vous n’auriez pas procédé autrement.
  • Et puis une équivoque, quand-même, sur les propos tenus aujourd’hui par rapport à ceux d’hier. Pendant toutes ces années, on nous a bourré le mou sur la criminalité pédophile organisée, les grands réseaux pédophiles internationaux (avec des notables, si possible), les centaines de milliers d’enfants violés dans des cérémonies rituelles. Une magistrate a même parlé à la télévision, devant des millions de télespectateurs, de charniers d’enfants dans Paris !!! (si si). On nous a bourré le mou avec le coup des enfants esclaves sexuels emprisonnés dans des caves à Bangkok (les thaïlandais en rient encore, sachant que Bangkok est construit sur un sol marécageux), bref… la grande théorie des grands réseaux pédophiles, tout ça pour quoi ?? UN mec !!! Il y aurait de grands réseaux internationaux de pédophilie et Interpol lance les plus gros moyens et le plus gros coup de poker de toute son histoire pour trouver UN touriste sexuel qui aurait abusé d’une douzaine d’enfants !! Allo ?? Y’a pas comme un truc qui cloche ??
  • Et pour terminer, une équivoque sur l’avenir : Jean-Michel Louboutin, d’Interpol, a en effet confié au journal Le Temps « Nous entendons proposer que ce genre d’initiatives puisse être prise chaque fois que nos moyens classiques seront pris en défaut. En ciblant uniquement la pédophilie. » En ciblant uniquement la pédophilie ?? Est-ce à dire que jamais nous n’organiserons de méthode de ce genre pour trouver Ben Laden ou autre terroriste international, ou encore un serial killer d’enfant qui n’aurait pas de rapport sexuel avec ? JUSTE la pédophilie ? Pourquoi exactement ? Est-ce pire la pédophilie, par rapport à tuer ou réduire en esclavage des centaines d’enfants, ou tuer des millions d’innocents par des actes terroriste ou par des crimes contre l’humanité ?

Je l’ai dit et je le répète, il y a des équivoques, pour ne pas dire des contradictions irrésolubles dans la démarche d’Interpol, qui amène à deux conclusions possibles :

Ou bien Interpol fait là preuve d’un amateurisme effrayant en utilisant des énormes méthodes aussi dagenreuses qu’inefficaces pour un tout petit dossier, tel un chirurgien décidé à détruire une tumeur de 0,5µm dans le cerveau d’un patient à l’aide d’une tronçonneuse,

Ou alors, et ça me paraît le plus probable, attraper cet individu est le dernier des soucis d’Interpol, et le but de cette gesticulation est tout à fait politique, avec en arrière fond des intentions plus ou moins avouables. Il est permis de penser en effet que se cache là une opération marketing au mieux, une opération de travail sur l’opinion publique au pire. J’entend par travail sur l’opinion publique le fait de jouer sur sa corde sensible pour lui faire accepter comme normale
une méthode qui a tout de la « chasse à l’homme ».

Je lance le pavé dans la marre : Interpol s’amuse-t-elle à inaugurer la chasse à l’homme sous des prétextes fallacieux ? En tous les cas il faudra qu’Interpol s’explique sur plusieurs détails car le sujet devrait soulever des inquiétudes.

Mais on parle de pédophilie. Et quand on parle de pédophilie, tout est permis !

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