Maître Lec : Avocat des professeurs violents, procureur des élèves grossiers.

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Il n’est pas dans mon habitude de faire un billet juste pour une personne. Mais puisque l’individu se sert de son nom et de son titre pour faire passer ses idées, et que ses idées, révélatrices d’un certain climat en France, méritent d’être passées en revues et à la loupe de l’analyse critique, me voilà obligé de faire ce jour une petite entorse à la règle.

Qui est Maître Francis Lec ? Avocat “socialiste” (comme quoi décidément socialisme ne rime plus avec progressisme), apprend-t-on sur Rue89, on l’a d’abord connu pour ses prises de position très violentes à l’égard des agressions d’élèves sur professeurs. Mais attention, car le Maître a sa définition toute personnelle de l’”agression”, sur laquelle nous reviendrons. Reprenant finalement un peu l’idée qu’il faut terroriser les terroristes, il décide d’appliquer l’idée aussi aux élèves.

Ainsi le monsieur se déclare-t-il favorable à “une vraie réponse judiciaire” à toutes les incivilités, et même “à une réponse pénale systématique” en cas d’insulte grave d’un élève (par opposition à une simple médiation pénale ou rappel à la loi, qui sont une façon pour la justice pénale de faire les gros yeux sans passer par un long et inutile procès), et conseille-t-il aux professeurs “de porter systématiquement plainte” en cas d’agression, de quelque forme que ce soit, et ce quel que soit l’âge de l’élève : 11 ans, en 6ème ? Oui sans problème.

Et en effet, en matière d’agression, l’avocat en a sa définition bien à lui (enfin au demeurant, pas tout à fait), suffisamment large pour que chacun aie une bonne raison de porter plainte contre un élève au moins une fois par an : si vous croyez qu’il parle d’agression physique, vous vous trompez. Par agression, il entend aussi insultes, “diffamation”, voire “insinuations” : Qu’est-ce qu’une “insinuation” grave au point de mériter une plainte au pénal, je ne le sais. Décidera-t-il de porter plainte contre moi pour insinuation ? Qu’il sache dans ce cas que je compte faire valoir le fait que je ne le diffame pas, en ne l’attaquant pas lui mais ses propos, et qu’au pire je ferais plaider l’exception de bonne foi, puisque je ne fais que me baser sur les propos lus dans la presse, et qui se cantonnent le plus souvent à le citer.

Ainsi donc, une “diffamation” et une “insinuation” de la part d’un gamin serait pour lui digne d’une attaque au pénal. Alors soyons sérieux et mettons-nous un peu en situation. Est-ce qu’un élève qui dit à un autre, dans la cour de récréation, “Madame Untel je l’aime pas c’est une garce elle m’a mis une sale note alors que j’avais révisé” devrait être passible d’une amende pour diffamation ? Est-ce qu’un élève qui “insinue” en classe que “Madame pourquoi vous m’interrogez toujours moi c’est parce que vous m’aimez pas hein ouais ?” mérite du sursis avec mise à l’épreuve et une inscription au casier judiciaire pour “insinuation” déplacée ? Un élève qui “insulterait” un professeur en disant “Monsieur vous êtes vache j’ai rien fait c’est pas sympa” mérite-t-il de la prison pour insulte à professeur ?

Loin des coups de couteau qu’on nous présente systématiquement en épouvantail, la réalité des “agressions” des élèves dans les classes de 6ème moyennes, c’est pourtant le plus souvent comparable à ce que je viens de présenter.

Et c’est de cela dont Maître Lec se fait le chantre de la pénalisation systématique.  Admirateur de Madame Dati, il défend d’ailleurs ardemment un projet gouvernemental qui consiste à signaler au Procureur de la République toute incivilité causée par un élève du second degré (collèges/lycées) : à savoir les violences, mais aussi les insultes, les insinuations et même… “faire du raffut avec des chaises”. Oui oui, faire du raffut avec des chaises, c’est tellement dangereux pour l’ordre public que le Procureur devrait être systématiquement mis au courant afin d’en faire des petites fiches sur les élèves (et les traduire en justice, le cas échéant). Au rectorat de Paris, où le dispositif est d’ors et déjà en test, on estime d’ailleurs qu’il devrait être étendu au premier degré, c’est à dire écoles élémentaires et… maternelles.

A côté, le “zéro de conduite pour les enfants de 3 ans” (carnet de comportement, détection précoce des troubles du comportement) de Nicolas Sarkozy qui avait tant scandalisé la France fait presque figure de conte de fée co-signé par les Bisounours et les Teletubbies.

Simple avocat ultra-procédurier obsédé par la réponse pénale à toute incivilité, Maître Lec ? Que Nenni !

Car l’on retrouve le Maître en tant qu’avocat de… José Laboureur, le prof du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont qui a jeté les affaires d’un élève, plaqué contre le mur, frappé, et traîné sur plusieurs mètres cet élève de onze ans (dont on apprend qu’il était très bon élève, sage, et que physiquement il en paraissait huit), en pleurs, puis qui a encore trouvé le moyen de se poser en victime, et de remettre un peu d’huile sur le feu régulièrement pour faire conspuer son ancien élève par la France entière.

Bien entendu, il est de son droit de défendre les personnes au pénal tout en souhaitant des réponses pénales : avec un peu de cynisme, on pourrait même dire que ce serait même assez cohérent, quoiqu’un peu véniel. Avec moins de cynisme, on pourrait dire que l’on peut reconnaître d’un délinquant ou d’un criminel qu’il mérite d’être poursuivi en justice, tout en le défendant pour que celle-ci se montre juste, et non pas injustement sévère.

Seulement voilà, face à l’accès de violence du professeur, le Maître plaide non-pas les circonstances atténuantes et la clémence du juge, mais rien de moins que la relaxe !
Vous avez bien lu, celui qui considère que le fait, pour un enfant, de “faire des insinuations” mérite un traitement pénal systématique considère que le fait, pour un quinquagénaire d’1m90, de plaquer contre un mur, frapper puis traîner un enfant de onze ans sur plusieurs mètres n’a pas sa place au pénal, que cela découlerait d’un droit d’autorité légal et inattaquable. Il est très clair : il faudrait traiter judiciairement toute incivilité de la part d’un élève, mais classer sans suite la violence physique de la part d’un professeur.
Vous ne rêvez pas : Pour Maître Lec, “insinuer” est un délit, “frapper plus faible que soi” est un droit.

Adorant visiblement opposer professeurs et élèves, il se fait volontiers spécialiste de l’exploitation de chiffres ostensiblement viciés, en déclarant que les enseignants français sont victime, par jour, de 60 agressions : bien entendu, dans ces soixante agressions, il inclue les insultes, les diffamations, et les insinuations (le terme d’insinuation est d’ailleurs de lui).

Du coup je me permet de poser la question, en toute honnêteté : Combien d’enseignants par jour se permettent des agressions envers les élèves, “diffamations et insinuations” y compris ? Combien d’élèves par jour se font traiter, au choix, de “cancres”, de “ruminants” (lorsqu’ils mâchent du chewing-gum), d’ “inculte”, de “jeune con”, et autres propos que Francis Lec trouve, en d’autres circonstances, comme méritant une réponse pénale ? Combien doivent endurer des piques plus ou moins sympathiques dont certains profs font une marque de fabrique ?

Combien de jeunes par jour entendent des remarques acerbes lâchées devant 30 personnes, de type : “untel, mettez vos neurones en marche et répondez à la question” ou encore, en désignant un élève posant une question, “Rainman est parmi nous !”, quand ce n’est pas des choses plus méchantes comme “unetelle, tu es lourde, dans tous les sens du terme” ou autres remarques sur le supposé QI d’élèves (”de cacahuète” par exemple) ; Et je n’invente rien. Le QI de cacahuète par exemple m’a été cité par un collégien il y a de cela moins d’une semaine. Étrangement, on entend fort peu Maître Lec parler du traitement judiciaire de ces incivilités là.

Combien, donc, de la part des enseignants ? Moins de soixante par jour ? Par établissement scolaire peut-être, et encore… Mais au fond peu importe : cette guerre des chiffres à laquelle s’adonne Maître Lec n’a pas de sens. Parce qu’au fond, dans le contexte actuel, elle sert à légitimer un acte précis d’un professeur précis sur un élève précis.

L’élève était-il de ces soixante “agresseurs” ? Le prof de ces soixante “agressés” ? En fait, tout porte à croire que non. Mais peu importe pour Maître Lec : l’idée sous-tendue est ainsi que, puisque chaque jour, des professeurs sont victimes d’agression, un prof de mauvais poil a bien le droit de s’adonner à un ou deux tabassage d’élève innocent de temps en temps, et s’il peut mesurer 1m35 et peser 28 kilos, c’est encore mieux (à 15 ans, ils se défendent et ça fait mal).

Evidemment, ce n’est pas dit comme ça, mais qu’en comprendre d’autre, lorsqu’on excuse un acte injustifié dans un cas donné par le nombre d’agressions générales (essentiellement verbales) que subissent les professeurs à travers la France ?
Comment un juriste peut-il justifier qu’un professeur s’adonne à la violence sur un individu par l’appartenance de cet individu à une classe supposément agressive ? La punition générale, ou la légitime défense par procuration, est-elle un principe de droit pénal et si oui, depuis quand ?

Est-il impossible de condamner moralement à la fois les élèves qui se permettent des écarts graves de langage et les professeurs qui s’adonnent à des écarts graves de conduite ?

Il semble que ce ne soit pas possible pour Maître Lec : il a séparé le monde de l’éducation en deux camps, puis il a choisi un des deux camp et il le défendra quoi qu’il lui en coûte, dans une mauvaise foi d’ailleurs assez évidente, et quitte à réclamer des sanctions totalement disproportionnées envers le camp adverse (en toute honnêteté, si on avait dû condamner au pénal chaque élève ayant un jour diffamé un enseignant, quelle part de la population française disposerait d’un casier judiciaire vierge à ce jour ?).

Entendons-nous bien : Maître Lec n’est pas tout seul. Il n’est que le représentant médiatique et externe (en tant qu’avocat et non professeur) d’une certaine nébuleuse, de plus en plus vivace chez les enseignants du second degré, qui consiste à considérer leurs élèves comme leurs ennemis, et à leur déclarer une guerre ouverte. Après la “nébuleuse du tout fout l’camp” chez les enseignants du premier degré, voici la “nébuleuse du les élèves sont rien que des monstres assoiffés de sang qu’il faut mater” dans le second degré, et les mater aussi bien à coups de poing qu’à coup de plainte au pénal. Décidément, la haine de cette société française envers sa jeunesse est de plus en plus patente.

Maître Lec, José Laboureur, et tous ceux qui les soutiennent, sont en guerre contre les élèves, ce qui est fâcheux, s’agissant de gens dont - sauf pour Monsieur Lec - leur profession consiste à éduquer ceux-là même envers lesquels ils cachent difficilement leur haine.

Cette haine des élèves et cette guerre ouverte à leur égard se généralise en France (oui car c’est au fond assez franco-français) et en particulier dans le second degré. Fort heureusement, un certain nombre d’enseignants se refusent à rentrer dans ce jeu plus que malsain. Il me semblait néanmoins pas inutile de dénoncer publiquement l’un des chantre de cette guerre. Car quand on attise la haine de sa propre jeunesse, on récolte la tempête au minimum.

Ce n’est pas lorsque le prochain rapport Versini viendra pointer du doigt une augmentation du taux de suicide des adolescents français (le taux de tentatives de suicide est déjà en nette augmentation) qu’il faudra commencer à s’inquiéter de ces Maître Lec, de ces José Laboureur, et de tous ces gens qui jouent avec le feu sur le dos de notre jeunesse, qu’ils conspuent et font conspuer par la France entière, pour des motifs plus que fallacieux.

Tout le monde s’accorde à dire que la jeunesse française est en souffrance : est-il besoin que ces individus en rajoutent une couche ?

Élève giflé et enseignant arrêté : Ce qui s’est vraiment passé à Berlaimont.

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Le sujet deffraie la chronique : un professeur d’un collège de Berlaimont (Nord) qui aurait gifflé un élève s’est retrouvé en garde à vue à la suite d’une plainte par le père du jeune collègien de 11 ans. Selon la version des journalistes, “l’élève a traité le professeur de connard, le prof a réagit en gifflant l’élève”, fin de l’histoire.

Mais la version donnée par le procureur diffère quelque peu. Voici donc la vraie chronologie des évènements selon le procureur, Monsieur Beffy :

  • La table de l’élève n’étant pas rangée, le professeur arrive là où se trouve l’élève, au fond de la classe, et sans dire un mot, d’un revers de main, met l’ensemble des affaires de l’élève par terre.
  • L’élève demande au professeur “Pourquoi avoir fait cela, monsieur ?”
  • Pour toute réponse, le professeur - dont on apprend qu’il reconnait avoir un problème avec l’alcool depuis 4 ans et qui avait 0,36mg dans le sang au moment de son interpellation - le soulève par le col et le plaque contre un mur de la classe.
  • “Connard” marmonne alors l’enfant, probablement humilié et déjà victime d’une violence à ce moment là des faits.
  • C’est à ce moment là seulement que le professeur lui met une gifle, puis le traine du fond de la classe jusqu’à son bureau (à l’autre bout de la classe), avant de l’amener dans une autre salle pour lui faire rédiger une lettre d’excuse. Devant tous les élèves, dont deux filles, choquées, partent vers l’infirmerie en pleurs.
  • Il reviens ensuite dans la classe en déclarant “L’incident est clos, vous n’en parlez à personne” : une réaction d’enseignant qui n’a rien à se reprocher bien entendu.

Au passage, on apprend que l’élève a été exclu de son établissement pendant 3 jours - ce qui signifie que l’évènement sera mentionnée sur son dossier scolaire : un moyen de lui compliquer l’accès à certains lycées prestigieux notamment si jamais ça devait le tenter. C’est, par expérience, une sanction totalement inhabituelle, une insulte à un prof de ce genre étant généralement sanctionnée par quelques heures de colle.

Dis autrement, il s’agit d’une basse vengeance de la part de la direction du collège Gilles-de-Chin ; Mesquin. D’autant plus qu’on imagine facilement que la plainte est une décision du père et non du fils.

Au fait, le fallait-il, porter plainte ? Je répondrais par un quadruple-oui :

  • Oui parce que c’est apparamment le seul moyen de faire savoir publiquement que des professeurs frappent des élèves (et parfois au dela) : tous les journalistes sont en train de nous dire que l’acte est incroyablement rare, alors j’ai cherché à mener l’enquête : ayant interrogé un certain nombre de collègiens, ils sont unanimes : tous ont connu, dans l’année en cours ou l’année précédente, au moins un professeur qui aura frappé au moins un élève. Parfois plus (et parfois plus grave que des giffles). Les affaires sont presque systèmatiquement étouffées, maintenues privées. Et les enseignants presque jamais sanctionnés par leur hiérarchie, même quand les actes sont nettement plus grave.
  • Oui parce que c’est facile de jouer les vierges effarouchées quand un élève insulte un professeur, alors que l’inverse est assez courant et strictement jamais sanctionné. Le respect c’est à double-sens : “je te respecte, tu me respectes”, sinon ce n’est pas du respect mais de l’autoritarisme. Or de ce point de vue là, beaucoup de professeurs ont un comportement inacceptable sans que l’on ne tolère que l’élève réponde en frappant son professeur pour autant.
  • Oui ensuite parce que les actes sont inacceptables : je vous pose la question à vous adultes, probablement salariés, qui me lisez. Comment réagiriez vous si votre patron jettait vos affaires par terre dans un excès de colère, et comment réagiriez vous s’il vous soulevait, vous plaquait contre un mur, vous frappait puis vous trainait jusqu’à son bureau ? Je pense que vous seriez vous aussi fortemment tenté de porter plainte. Or le respect que vous êtes en droit d’attendre, les enfant sont aussi en droit de l’attendre : les enfants ne sont pas des sous-citoyens ni des sous-êtres.
  • Oui enfin parce qu’au petit jeu de la judiciarisation des comportements irrespectueux, il est important de dire que ce ne sont pas les élèves qui ont commencé. Et que les enseignants ne se privent pas, eux, de contacter la justice à la moindre insulte ou comportement irrespectueux d’un élève. Nous y reviendrons dans un prochain article ici-même. Et vous verrez qu’il s’agit de quelque chose de très sérieux, projet de loi à l’appui.

Avouez qu’on est bien loin du “il l’a traité de connard, il a reçu une gifle en échange”.
Ne laissez pas les journalistes diaboliser les élèves pendant que les professeurs seraient tous des héros. Il est très important de dire haut et fort que la violence et l’irrespect des élèves envers les professeurs est inacceptable. Aucun n’élève n’a le droit d’insulter - et a fortiori de frapper - un professeur. Et des sanctions doivent être prises dans de telles circonstances.

Mais cela est valable dans l’autre sens : l’irrespect des professeurs envers leurs élèves est tout à fait inacceptable également, et la violence à l’égard des élèves est tout aussi inacceptable. Par ailleurs, s’il faut féliciter énergiquement tous les professeurs qui font consciencieusement et respectueusement un métier difficile comme le leur, il est urgent aussi de sanctionner lourdemment les brebis galeuses qui n’ont pas un comportement digne de leur tâche de représentants de la République.

En l’occurence, soulever un élève, le plaquer contre un mur, le frapper et le trainer, c’est illégal et ce n’est pas un geste anodin : on ne l’accepterait pas d’un élève, on n’a pas à l’accepter de la part d’un enseignant.

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