Suicide de mineurs en prison : qui sont les pires criminels ?

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Si vous avez suivi un peu l’actualité, vous avez dû en entendre parler : un jeune garçon de 16 ans, Nabil L., est décédé Lundi 6 Octobre 2008 à la Maison d’Arrêt de Metz-Queuleu, présentée comme modèle mais suroccupée à 113,2% : il s’est pendu. Hier, le Jeudi 9 Octobre, à Strasbourg, c’était Nordine qui tentait de mettre fin à ses jours : il serait encore entre la vie et la mort.

Ce n’est à vrai dire pas vraiment la première tentative de suicide de mineur incarcéré. Rien qu’à la maison de Metz-Queuleu, l’Administration Pénitentiaire avait pris soin de passer sous silence plusieurs tentatives de suicides qui heureusement, s’étaient soldés par un sauvetage in-extremis des jeunes concernés. Affaires étouffées, elles ont bien dû ressortir lorsque Nabil est décédé. Acculée, l’Administration Pénitentiaire est loin de faire profil bas : sa lâcheté la dispute à son cynisme le plus glacial : qualifiant le fait que des enfants tentent de mettre fin à leurs jours de « petit jeu », elle accuse ces jeunes de s’être entre-provoqués au faux suicide dans le but d’obtenir des avantages : ce serait notamment le cas de Nordine et de Nabil.

Nabil n’est plus là pour protester contre ces propos scandaleux. Nordine, lui, l’a fait : soumis à un transfèrement disciplinaire vers Strasbourg, il a malheureusement dû prouver qu’il ne faisait pas semblant : il a commis une deuxième tentative de suicide qui pourrait bien se solder par sa mort. Par la faute de l’excellent travail de sape de l’Administration Pénitentiaire, qui fait là la preuve de son absence totale de clairvoyance sur les faits, et qui aura des comptes à rendre aux citoyens pour avoir accusé à mots à peine couverts les jeunes Nordine et Nabil d’avoir fait du cinéma. Non messieurs, ce n’était pas du cinéma ! La preuve.

Mais l’Administration Pénitentiaire n’est pas la seule à avoir des comptes à rendre. D’autant que ce n’est pas seulement de plusieurs tentatives de suicides dont il s’agit : Il y eut le suicide de Julien Khazzar, dans le premier Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs (EPM) : je vous en avais parlé à l’époque. Et j’avais prévenu : cela n’a rien de surprenant, cela continuera. Et en effet, cela a continué.

Car l’Administration Pénitentiaire, malgré son cynisme déplacé, est loin d’être la principale responsable de ce suicide : Les principaux responsables, ce sont nous, membre de la société. Et plus spécifiquement, le législateur et les ministres successifs de la justice, dont Rachida Dati, qui permettent ces incarcérations, et les magistrats et juges, qui les prononcent. Ceux-là sont, je l’ai déjà dit et je le répète, directement responsables de cette mort : ils ont tué.

Nabil, lui, n’avait tué personne : il était un délinquant d’habitude, certes. Condamné pour trafic de stupéfiant et conduite sans permis, ce n’était certes probablement pas un sain. Mais il n’avait tué personne, lui. Et sa conduite sans permis est à replacer dans le contexte des centaines de milliers de « bons pères de familles » qui prennent le volant avec un ou plusieurs verres de trop, et qui parfois déciment une famille entière. Ceux-là, quand on leur fait souffler dans le ballon, écopent d’une simple amende. Tout comme les people pris en flagrant délit de consommation de cocaïne.

Ceux qui sont responsables de ce suicide, eux, ont tué. Il n’est pas possible de dire qu’un mineur est responsable de son propre suicide, surtout lorsqu’il a été confié aux mains de l’Etat. Si un mineur était responsable de lui-même, il serait majeur, tout simplement. Et si ce n’est pas lui qui est responsable, alors c’est nous. Et ce sont en particulier ceux qui ont pris des décisions dans cette affaire. Celle de l’incarcérer en particulier. On a beau jeu dire qu’il n’était pas suicidaire : il l’était, et j’en veux pour preuve le fait… qu’il s’est suicidé.

Il n’avait pas tué. Eux si. Le juge qui l’a fait incarcérer, si. Rachida Dati, si. Le législateur, si. Ils ont tué un mineur, peut-être deux. Alors qui sont les pires criminels ? Qui les jugera, eux, pour le suicide de cet adolescent qu’ILS ont causé ?

A l’heure où Rachida Dati s’apprête, selon le Figaro, à annoncer une baisse de l’âge minimum d’incarcération à 12 ans (à ne pas confondre avec l’âge de responsabilité pénale), la question mérite d’être posée, et certaines vérités méritent d’être rappellées : Cela n’est pas un jeu ! Incarcérer un enfant, ce n’est pas un jeu ! Il ne s’agit plus de faire de l’idéologie, de la provocation, ou du populisme, dès lors qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour des enfants. La prison tue ! S’il fallait encore des preuves pour convaincre les sceptiques, en voilà une. La prison tue des mineurs !

Il faut se le rappeler à chaque fois qu’on envisage d’incarcérer un mineur : il pourra en mourir. Et qu’on ne vienne pas me dire que seuls les pires mineurs criminels vont en prison. Car c’est faux. Cet été, c’était deux enfants corses de 13 et 14 ans inconnus des services de police qui étaient incarcérés pour un accident tragique survenu lors d’un jeu très con (à 13 ans, on est con : qui en doutait ?). Le juge et le procureur, qui espéraient ainsi se faire bien voir de l’opinion publique, avaient apparemment oublié la gravité de leur choix car on sait que quand ils ont été finalement libérés, les deux enfants n’allaient « pas bien du tout » : la mort de Nabil doit agir comme une piqure de rappel sur chaque personne tentée par l’acharnement judiciaire sur des enfants.

Alors, faut-il incarcérer des enfants de 12 ans ? Chacun doit répondre en conscience, mais avec la mort de Nabil à l’esprit : la prison tue, on le sait, et on en est responsable. Être favorable à l’incarcération d’enfants de douze ans, c’est être favorable à ce que des enfants de 12 ans meurent de souffrance ! Dire « je veux voir des mineurs de 12 ans être incarcérés », c’est dire « je veux voir des enfants de 12 ans mourir » : c’est une position.
Mais chaque personne qui la porte devra l’assumer jusqu’au bout et sans faux-semblants le jour venu : ces gens là auront commis un meurtre sur un enfant de douze ans. Nabil, lui, n’avait jamais rien fait de tel.

« Soutien à Alexandre » : 200 signatures ! Merci !

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Dans le cadre de la pétition « Soutien à Alexandre », nous venons – vous venez – de dépasser les 200 signatures.

C’est une grande réussite pour nous tous, chacun des signataires.

Lorsque j’ai lancé cette initiative, j’ai écrit : « si nous pouvions être quelques dizaines à faire savoir à cet enseignant et à cet élève que non, la version AFP/Laboureur/Maître Lec n’a pas convaincu toute la France, je pense que nous rendrions service à un enfant de onze ans qui en a probablement fort besoin. »

Aujourd’hui, grâce à vous tous, ce n’est pas par dizaines, qu’Alexandre devra compter ses soutiens, mais bel et bien par centaines !

Et en effet, les signatures sont nombreuses et continuent à arriver (plus lentement), grâce à vos efforts à tous, et aux nombreuses personnes qui ont signé et fait signer la pétition, l’ont diffusée sur de nombreux blogs, et sur certains forums. C’est parti de rien et avec des moyens quasi-inexistants que nous avons lancé cette initiative, sans être soutenu ni activement ni passivement, contrairement aux deux autres pétitions, ni par Libération, ni par le Nouvelobs, ni par leurs sites respectifs, ni par TF1, ni par France 2, ni par aucune chaîne de télévision, et à peine par quelques blogs. Nous sommes évidemment bien loin des 40 000 signatures du SNES (encore que l’on devrait plutôt parler de 30 000 signatures réelles), mais vu les circonstances, et vu notre absence de tribune dans les médias, on peut déjà parler d’immense succès, tant nos moyens sont réduits.

Sans vous, cette pétition n’aurait été rien de plus qu’un pétard mouillé. Sans votre bonne volonté à tous, rien n’aurait été possible.

C’est parce que chacun d’entre vous a pris le temps de lire, de se renseigner sur la vérité des faits, de réfléchir et parfois d’accepter de se remettre en question et d’accepter une autre version que celle qui vous avait initialement convaincue, c’est parce que chacun d’entre vous a fait l’effort de signer et parfois, de faire tourner l’information que nous avons obtenu un si bon résultat. Merci infiniment. Et ce n’est pas fini.

La mobilisation doit continuer.

Aujourd’hui, donc, nous avons plus de deux cents noms à envoyer à la famille d’Alexandre, et aux autres personnes concernées dans cette affaire (au SNES de Lille notamment, qui déclarait sans rire n’avoir pas reçu « une seule critique » de leur démarche). C’est énorme ! Mais est-ce une raison pour s’arrêter en si bon chemin ?

Nous avons été plus de deux cents à nous mobiliser, mais bien d’autres personnes encore peuvent le faire. Soit qu’ils peuvent comprendre qu’ils ont été manipulés, soit qu’ils connaissent déjà la véracité des faits et attendent d’être mis au courant de l’existence de cette pétition.

Nous pouvons donc, tous ensemble, faire encore grimper ce chiffre. Alors faisons-le.

Comment offrir à cette pétition un succès croissant ?

Pour ce faire, outre le fait de signer la pétition, vous pouvez opérer de plusieurs façons :

  • Faites signer votre famille proche (épouse, époux, enfants, parents…).
  • Informez votre famille plus éloignée et vos amis, prévenez votre carnet d’adresse sur MSN ou encore par mail.
  • Publiez un appel à signer et à faire tourner sur votre blog ou votre site.
  • Parlez-en autour de vous : collègues de travail, voisins, membre des associations que vous fréquentez, syndicat auquel vous appartenez…
  • Parlez-en dans les blogs que vous fréquentez, ainsi que dans les rubriqus appropriées des forums sur lesquels vous avez l’habitude de poster.
  • Soyez inventif : si vous connaissez d’autres façon de faire connaitre cette pétition, n’hésitez pas. Et informez-en nous également, si vous le voulez bien.

Mais surtout, ce que vous ne devez pas faire :

  • Ne lancez pas de chaîne de mail : celles-ci deviennent souvent incontrôlables et se retrouvent déformées, modifiées, tronquées, et peuvent tourner pendant des années sans que l’on puisse les arrêter.
  • Ne spammez pas : n’envoyez pas de courriers non-sollicités à des inconnus, ne polluez pas les blogs, ne postez que sur les forums appropriés (rubriques discussions diverses etc.), de manière raisonnée.
  • Ne signez pas pour autrui sans son accord explicite, ne signez pas sous plusieurs identités inventées, ne signez pas plusieurs fois, afin que – contrairement à d’autres pétitions (suivez mon regard et lisez attentivement les signatures à celle du SNES) – la pétition de soutien à Alexandre conserve toute sa crédibilité et son sérieux. A ce titre, je surveille attentivement cette pétition et supprime systématiquement les doublons manifestes (même email, même IP et nom de famille différent, etc.).

Encore une fois, merci infiniment pour votre mobilisation et votre geste. Ce succès était inespéré, ce succès, c’est le votre, ce succès, nous nous le devons à tous. Merci, merci, merci.

La mobilisation pour Alexandre est, à ce jour, un beau succès. Continuons !

Samuel
Initiateur de la pétition Soutien à Alexandre
http://petition.et-pourtant.org

Affaire Berlaimont / Gilles de Chin – La contre-pétition Soutien à Alexandre

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Pour ceux qui n’auraient pas bien suivi l’affaire Gilles-de-Chin / Berlaimont / José Laboureur, je vous renvoie à cette page.

Pour les autres, après mûres réflexion, et en réaction aux deux pétitions et aux plus de 40 000 lettres de soutien inconditionnel à José Laboureur, à qui on a donné le Bon Dieu sans confession, j’ai décidé de publier une contre-pétition, que je vous invite à signer avec moi. Ci-dessous, je vous en expose les motifs :

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Soutien à Alexandre : Contre-pétition contre la violence et en faveur de l’élève frappé du collège Gilles-de-Chin.

Rappel des faits :

En Janvier 2008, les médias font état d’un professeur du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont, monsieur José Laboureur, qui, ayant giflé un élève l’ayant traîté de « connard », se retrouve mis en examen pour violence aggravée.

C’est sur la foi de cette version que le professeur a reçu plus de 40 000 lettres de soutien, et que le SNALC et le SNES, deux syndicats enseignants, ont diffusé une pétition de soutien le concernant, pendant que l’élève était sanctionné, renvoyé, avant d’être forcé à changer d’établissement scolaire, et conspué par la France entière, sous le silence complice de son professeur.

Cette version, toutefois, n’est basée sur aucune source sérieuse. La Justice de notre pays, par la voix du Procureur de la République Bernard Beffy, donne de son côté la version suivante :

« Il ne s’agit pas du tout d’une simple gifle, mais bien d’une vraie scène de violence longue de 1 minute qui dépasse largement les bornes. La classe entière a été choquée par ce qui s’est passé, et ce sont deux élèves traumatisées qui, à la fin du cours, se sont rendues à l’infirmerie pour raconter ce à quoi elles venaient d’assister.
A aucun moment le professeur n’a demandé à l’élève de débarrasser son bureau. L’enseignant a tout renversé sans un mot et c’est alors que l’élève de 11 ans, qui en paraît 8 physiquement, lui a demandé pourquoi il avait fait cela. Le professeur l’a saisi par le col et poussé contre le mur, l’enfant l’a insulté, la gifle est partie. Le professeur a ensuite traîné l’élève en larmes, qui ne touchait pas terre, jusqu’à son bureau, puis dans une salle attenante où il a exigé des excuses qu’il a obtenues avant de ramener l’enfant dans la classe en lançant que la parenthèse était refermée et que personne ne devait parler de ce qui s’était passé… »

Contrastant largement avec la version donnée usuellement dans les médias, c’est là d’une scène de maltraitance sur enfant dont nous informe Monsieur le Procureur.

Par conséquent :

Nous, citoyens de convictions et de professions diverses, souhaitons par la présente :

- Rappeller que loin d’une simple gifle, cette affaire en est une de maltraitance inacceptable et injustifiable, qui ne peut en aucun cas être réduite à une histoire de « professeur qui met une gifle parce qu’il se fait traiter de connard », et renvoyer chacun à la version de Monsieur le Procureur de la République.
- Affirmer que dans notre pays, la maltraîtance et plus généralement la violence sur enfant n’est pas acceptable quelque forme qu’elle prenne et quelle qu’en soit la raison, et surtout pas des actes de violence injustifiée de la part d’un éducateur professionnel envers un enfant de 11 ans.
- Affirmer notre foi en la justice de ce pays, exiger que toute la vérité soit faite et publiquement connue sur cette affaire, et faire savoir notre désir de voir le professeur effectivement renvoyé devant le tribunal correctionnel pour y être jugé et, le cas échéant, condamné comme il se doit, en fonction des actes réels et non de ceux rapportés dans la presse.
- Nous élever contre une certaine conception de l’éducation (témoigné par les français en de nombreux endroits) et contre un certain corporatisme (exposé par les pétitions du SNES et du SNALC) qui consiste à blanchir un homme violent, lui attribuant le statut de victime, et à conspuer un enfant victime de violences.
- Dire à Monsieur Laboureur notre regret qu’il ne veuille pas assumer son erreur en la reconnaissant, et sinon en présentant des excuses à son élève, au moins en sortant de son silence pour que ce dernier cesse d’être insulté par des milliers d’individus.

- Enfin et surtout, nous voulons affirmer notre soutien et notre solidarité à Alexandre, l’élève de 6ème du collège Gilles-de-Chin à Berlaimont frappé par son professeur, et victime d’une violence injustifiée et disproportionnée, ainsi que d’insultes scandaleuses et inacceptables de la part de courageux anonymes de la France entière. Nous souhaitons lui faire savoir que des citoyens sont avec lui, et lui souhaitent bon courage pour la suite de ses études.
Jeune homme, nous sommes à tes côtés, courage Alexandre !

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Pour signer cette contre-pétition, c’est ici que ça se passe.

Il s’agit avant tout de faire savoir à tous les intéressés dans cette affaire que la France ne parle pas d’une seule voix. Je ne m’attend pas à avoir des milliers de signature étant donné que je n’ai pas la tribune à laquelle a eu droit José Laboureur dans les médias, mais si nous pouvions être quelques dizaines à faire savoir à cet enseignant et à cet élève que non, la version AFP/Laboureur/Maître Lec n’a pas convaincu toute la France, je pense que nous rendrions service à un enfant de onze ans qui en a probablement fort besoin.

Je compte donc sur vous.

José Laboureur – le prof cogneur de Berlaimont – veut son procès !

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La relaxe ! José Laboureur, le professeur du collège Gilles de Chin à Berlaimont qui s’était rendu coupable de violences à la limite du passage à tabac sur un élève de 6ème âgé de 11 ans et qui avait tenté de la faire passer pour une simple giffle lancée en réaction à une insulte, a décidé finalement qu’il n’acceptait pas le plaider-coupable, et réclamait rien de moins que la relaxe !

Pas qu’il conteste les faits, non non non : mais il déclare, accompagné de son avocat Francis Lec (dont nous reparlerons), qu’ils ne sont pas répréhensibles pénalement, qu’il a exercé son « droit d’autorité ». Alors, une bonne fois pour toute, rappellons les actes de ce monsieur, et montrons ce qu’il appelle « son droit d’autorité ». Je cite intégralement Monsieur le Procureur de la République Bernard Beffy :

« Il ne s’agit pas du tout d’une simple gifle, mais bien d’une vraie scène de violence longue de 1 minute qui dépasse largement les bornes. La classe entière a été choquée par ce qui s’est passé, et ce sont deux élèves traumatisées qui, à la fin du cours, se sont rendues à l’infirmerie pour raconter ce à quoi elles venaient d’assister.
A aucun moment le professeur n’a demandé à l’élève de débarrasser son bureau. L’enseignant a tout renversé sans un mot et c’est alors que l’élève de 11 ans, qui en paraît 8 physiquement, lui a demandé pourquoi il avait fait cela. Le professeur l’a saisi par le col et poussé contre le mur, l’enfant l’a insulté, la gifle est partie. Le professeur a ensuite traîné l’élève en larmes, qui ne touchait pas terre, jusqu’à son bureau, puis dans une salle attenante où il a exigé des excuses qu’il a obtenues avant de ramener l’enfant dans la classe en lançant que la parenthèse était refermée et que personne ne devait parler de ce qui s’était passé… »

Voici donc ce que Monsieur José Laboureur – quinquagénaire d’1m90 – et avec la complicité corporatiste de la quasi-totalité du monde enseignant, appelle « le droit d’autorité » sur un élève à peine sorti de l’école primaire. Vous le saurez, donc, messieurs-dames, lorsque vous envoyez vos enfants à l’école : tous les adhérents du SNALC et du SNES (les deux syndicats qui ont présenté un soutien inconditionnel à Monsieur je-plaque-un-élève-contre-le-mur -et-je-me-fais-passer-pour-une-victime) considèrent qu’il est de leur droit de plaquer un enfant contre un mur, de le gifler, de le trainer sur plusieurs mètres, et de tenter d’étouffer l’affaire : c’est leur droit d’autorité. Si si, sans rire ! Enfin c’est leur droit, mais il faut que les élèves « n’en parlent à personne » : droit dans ses bottes, Monsieur Laboureur, vraiment ?

On apprend d’ailleurs qu’il n’a pas été sanctionné par sa hiérarchie (vous en doutiez ? vous comprenez maintenant pourquoi le père a porté plainte ?), mais que l’élève lui par contre, a été forcé de changer d’établissement scolaire suite à la pression qui fut exercée sur lui – bravo le corps enseignant.

On apprend également que Monsieur Laboureur aurait déjà été condamné pour attentat à la pudeur (par Le Figaro), il y a de cela un certain nombre d’années déjà.

Que cet élève, si par miracle il devait avoir vent de ce blog, soit assuré de mon soutien et de ma compassion.  C’est peu, mais s’il pouvait savoir que tous les français n’ont pas cédé à la haine irraisonnée d’un enfant, ce serait somme toute toujours ça de pris.

Bien entendu, on va m’opposer l’affirmation que le procureur représente l’accusation, et que par conséquent sa version ne saurait être neutre (bien que ce soit la seule source qui se soit exprimée qui dispose de l’ensemble du dossier à ce jour).

C’est un argument que j’entend, et que je prend au mot.

Je n’ai pas eu ouïe dire que José Laboureur et son entourage contestaient les faits, mais « la qualification pénale ». Si toutefois Monsieur Laboureur, ses avocats (au hasard, Francis Lec alias Maître Je-veux-judiciariser-les-insultes des-élèves-mais-je réclame-la-relaxe-des professeurs-qui-frappent), ou quiconque a un intérêt à défendre l’enseignant dans cette affaire, désire me faire parvenir une autre version des faits, il n’y a aucun problème : elle sera immédiatement publiée, intégralement, en grosses lettres (aussi grosses que tous les autres articles), dans un billet à part, comme il se doit.

Dans l’attente d’une version alternative des faits, je suis bien obligé de me baser sur la seule source crédible dont je dispose. Et celle-ci tranche légèrement (c’est le moins que l’on puisse dire) avec la belle histoire bisounours du vilain élève et du pauvre professeur.

Rendez-vous au procès public que vous avez réclamé, Monsieur Laboureur ! Nous verrons, alors, qui fut le bourreau, qui fut la victime !

Berlaimont et l’affaire de l’élève giflé (suite)

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Dans les commentaires de mon précédent billet, j’ai noté que beaucoup d’entre vous doutaient de mes sources. Alors, j’ai cherché, comme chacun peut le faire, dans Google Actu. Le lien le plus récent est celui d’un dangereux journal anarcho-laxiste bien connu pour sa défense acharnée des délinquants : j’ai nommé Le Figaro.

Voici l’article du Figaro qui donne un éclairage intéressant sur les faits.

Il me semble pertinent, dans le cadre de ce billet, de citer intégralement le Procureur de la République, Bernard Beffy.

« « Il ne s’agit pas du tout d’une simple gifle, mais bien d’une vraie scène de violence longue de 1 minute qui dépasse largement les bornes. La classe entière a été choquée par ce qui s’est passé, et ce sont deux élèves traumatisées qui, à la fin du cours, se sont rendues à l’infirmerie pour raconter ce à quoi elles venaient d’assister.
A aucun moment le professeur n’a demandé à l’élève de débarrasser son bureau. L’enseignant a tout renversé sans un mot et c’est alors que l’élève de 11 ans, qui en paraît 8 physiquement, lui a demandé pourquoi il avait fait cela. Le professeur l’a saisi par le col et poussé contre le mur, l’enfant l’a insulté, la gifle est partie. Le professeur a ensuite traîné l’élève en larmes, qui ne touchait pas terre, jusqu’à son bureau, puis dans une salle attenante où il a exigé des excuses qu’il a obtenues avant de ramener l’enfant dans la classe en lançant que la parenthèse était refermée et que personne ne devait parler de ce qui s’était passé… »

Voici le Procureur cité in extenso. Or, l’article est intéressant parce qu’on apprend que cette version est basée sur les interrogatoires de :

  • La directrice de l’établissement scolaire
  • L’infirmière scolaire de l’établissement
  • 6 élèves interrogés
  • L’enseignant

Et que tous donnent cette même version des faits – même l’enseignant qui « reconnait davantage qu’une simple gifle » (encore une fois, je ne fais que citer).

Rappellons que l’enseignant sera jugé en procédure de CRPC – c’est à dire de Reconnaissance Préalable de Culpabilité : le fameux « plaider-coupable ». Ceux qui affirment donc que les choses ne se seraient pas passées comme cela se montrent en fait plus royaliste que le Roi.

Et quand je pense que certains (une majorité de personne, même) ont essayé de faire passer l’enfant pour un affreux délinquant pervers qui a poussé son prof à bout avant de porter plainte dans un accès de machiavélisme, j’ai vraiment les boules. Les boules pour cet enfant, qui a été victime de violences. Oui il faut le dire. Les boules pour tous les autres enfants qui ont été victimes de violence et qu’on a fait passer pour des délinquants, aussi. Car si on l’a fait avec autant de brio pour un, on a dû le faire plus d’une fois dans des affaires moins médiatisées.

Quiconque suit ce blog depuis ses débuts sait que l’un de mes buts était de faire contre-poid face à l’hystérie que l’on connait parfois sur les affaires qui concernent les enfants victimes. Mais en l’occurence, quand il y a violence nette et reconnue, il ne me semble pas juste d’accabler un enfant qui a déjà pas mal morflé. Surtout, j’affirme qu’au vu de la version « officielle » et des témoignages qui composent cette version, continuer à vouloir parler d’une simple « gifle réponse à une insulte » est une escroquerie intellectuelle.

Un peu plus, et c’était l’enfant le coupable de s’être fait maltraîter…

Élève giflé et enseignant arrêté : Ce qui s’est vraiment passé à Berlaimont.

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Le sujet deffraie la chronique : un professeur d’un collège de Berlaimont (Nord) qui aurait gifflé un élève s’est retrouvé en garde à vue à la suite d’une plainte par le père du jeune collègien de 11 ans. Selon la version des journalistes, « l’élève a traité le professeur de connard, le prof a réagit en gifflant l’élève », fin de l’histoire.

Mais la version donnée par le procureur diffère quelque peu. Voici donc la vraie chronologie des évènements selon le procureur, Monsieur Beffy :

  • La table de l’élève n’étant pas rangée, le professeur arrive là où se trouve l’élève, au fond de la classe, et sans dire un mot, d’un revers de main, met l’ensemble des affaires de l’élève par terre.
  • L’élève demande au professeur « Pourquoi avoir fait cela, monsieur ? »
  • Pour toute réponse, le professeur – dont on apprend qu’il reconnait avoir un problème avec l’alcool depuis 4 ans et qui avait 0,36mg dans le sang au moment de son interpellation – le soulève par le col et le plaque contre un mur de la classe.
  • « Connard » marmonne alors l’enfant, probablement humilié et déjà victime d’une violence à ce moment là des faits.
  • C’est à ce moment là seulement que le professeur lui met une gifle, puis le traine du fond de la classe jusqu’à son bureau (à l’autre bout de la classe), avant de l’amener dans une autre salle pour lui faire rédiger une lettre d’excuse. Devant tous les élèves, dont deux filles, choquées, partent vers l’infirmerie en pleurs.
  • Il reviens ensuite dans la classe en déclarant « L’incident est clos, vous n’en parlez à personne » : une réaction d’enseignant qui n’a rien à se reprocher bien entendu.

Au passage, on apprend que l’élève a été exclu de son établissement pendant 3 jours – ce qui signifie que l’évènement sera mentionnée sur son dossier scolaire : un moyen de lui compliquer l’accès à certains lycées prestigieux notamment si jamais ça devait le tenter. C’est, par expérience, une sanction totalement inhabituelle, une insulte à un prof de ce genre étant généralement sanctionnée par quelques heures de colle.

Dis autrement, il s’agit d’une basse vengeance de la part de la direction du collège Gilles-de-Chin ; Mesquin. D’autant plus qu’on imagine facilement que la plainte est une décision du père et non du fils.

Au fait, le fallait-il, porter plainte ? Je répondrais par un quadruple-oui :

  • Oui parce que c’est apparamment le seul moyen de faire savoir publiquement que des professeurs frappent des élèves (et parfois au dela) : tous les journalistes sont en train de nous dire que l’acte est incroyablement rare, alors j’ai cherché à mener l’enquête : ayant interrogé un certain nombre de collègiens, ils sont unanimes : tous ont connu, dans l’année en cours ou l’année précédente, au moins un professeur qui aura frappé au moins un élève. Parfois plus (et parfois plus grave que des giffles). Les affaires sont presque systèmatiquement étouffées, maintenues privées. Et les enseignants presque jamais sanctionnés par leur hiérarchie, même quand les actes sont nettement plus grave.
  • Oui parce que c’est facile de jouer les vierges effarouchées quand un élève insulte un professeur, alors que l’inverse est assez courant et strictement jamais sanctionné. Le respect c’est à double-sens : « je te respecte, tu me respectes », sinon ce n’est pas du respect mais de l’autoritarisme. Or de ce point de vue là, beaucoup de professeurs ont un comportement inacceptable sans que l’on ne tolère que l’élève réponde en frappant son professeur pour autant.
  • Oui ensuite parce que les actes sont inacceptables : je vous pose la question à vous adultes, probablement salariés, qui me lisez. Comment réagiriez vous si votre patron jettait vos affaires par terre dans un excès de colère, et comment réagiriez vous s’il vous soulevait, vous plaquait contre un mur, vous frappait puis vous trainait jusqu’à son bureau ? Je pense que vous seriez vous aussi fortemment tenté de porter plainte. Or le respect que vous êtes en droit d’attendre, les enfant sont aussi en droit de l’attendre : les enfants ne sont pas des sous-citoyens ni des sous-êtres.
  • Oui enfin parce qu’au petit jeu de la judiciarisation des comportements irrespectueux, il est important de dire que ce ne sont pas les élèves qui ont commencé. Et que les enseignants ne se privent pas, eux, de contacter la justice à la moindre insulte ou comportement irrespectueux d’un élève. Nous y reviendrons dans un prochain article ici-même. Et vous verrez qu’il s’agit de quelque chose de très sérieux, projet de loi à l’appui.

Avouez qu’on est bien loin du « il l’a traité de connard, il a reçu une gifle en échange ».
Ne laissez pas les journalistes diaboliser les élèves pendant que les professeurs seraient tous des héros. Il est très important de dire haut et fort que la violence et l’irrespect des élèves envers les professeurs est inacceptable. Aucun n’élève n’a le droit d’insulter – et a fortiori de frapper – un professeur. Et des sanctions doivent être prises dans de telles circonstances.

Mais cela est valable dans l’autre sens : l’irrespect des professeurs envers leurs élèves est tout à fait inacceptable également, et la violence à l’égard des élèves est tout aussi inacceptable. Par ailleurs, s’il faut féliciter énergiquement tous les professeurs qui font consciencieusement et respectueusement un métier difficile comme le leur, il est urgent aussi de sanctionner lourdemment les brebis galeuses qui n’ont pas un comportement digne de leur tâche de représentants de la République.

En l’occurence, soulever un élève, le plaquer contre un mur, le frapper et le trainer, c’est illégal et ce n’est pas un geste anodin : on ne l’accepterait pas d’un élève, on n’a pas à l’accepter de la part d’un enseignant.

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